Tous les articles
Comparison45 min de lecture

Anytype vs Filarr : deux visions du workspace chiffré local-first, comparées en profondeur

Anytype vs Filarr : objets chiffrés vs fichiers chiffrés, sync P2P vs R2/BYOS, récupération, prix et licences comparés en profondeur pour choisir selon votre usage.

MB

Mathis Belouar-Pruvot

En bref. Anytype et Filarr partent du même refus — celui de laisser vos notes en clair sur les serveurs d'un éditeur — mais ils ne construisent pas la même chose dessus. Anytype est une base de connaissances orientée objets : tout devient une entité typée et reliée dans un graphe chiffré qui se synchronise en pair-à-pair via le protocole open source any-sync, déverrouillée par une phrase de 24 mots qui est votre identité. Filarr est un workspace de fichiers et de notes chiffrés fichier par fichier en AES-256-GCM, où vos données restent de vrais fichiers sur votre disque, reliés par un graph, avec une sync cloud optionnelle sur Cloudflare R2 ou votre propre bucket S3. Anytype gagne en maturité, en mobile et en modèle de données relationnel ; Filarr gagne en propriété brute de vos fichiers, en simplicité du modèle mental et en chiffrement granulaire par fichier. Si vous voulez un Notion privé et décentralisé, regardez Anytype. Si vous voulez un coffre de fichiers chiffrés que vous pouvez ouvrir, sauvegarder et migrer comme n'importe quel dossier, regardez Filarr.

Pourquoi cette comparaison tombe à un moment précis

Il y a deux ou trois ans, comparer Anytype à quoi que ce soit relevait presque de la prophétie. C'était un projet en bêta perpétuelle, adoré d'une communauté de power users, et regardé de loin par tout le monde sauf les plus patients. Aujourd'hui ce n'est plus vrai : Anytype est sorti de sa coquille, tourne sur cinq plateformes, a levé près de trente millions de dollars, et incarne dans l'imaginaire collectif la réponse local-first à Notion. Quand quelqu'un cherche "Notion mais chiffré" ou "où mes données m'appartiennent vraiment", Anytype est désormais la première réponse qu'on lui jette. C'est exactement pour ça que la comparaison avec Filarr est intéressante : parce qu'on suppose trop vite que ces deux outils font la même chose, alors qu'ils résolvent deux problèmes différents qui se ressemblent de loin.

La confusion vient du vocabulaire. Les deux cochent la même liste de cases — local-first, chiffrement de bout en bout, phrase de récupération, open source, sync optionnelle — et quand on aligne des bullet points, ils paraissent interchangeables. Mais les bullet points mentent par omission. Ce qu'ils ne disent pas, c'est ce qu'est une donnée dans chaque système. Dans Anytype, votre PDF de facture n'est pas un PDF : c'est un objet, avec un type, des relations, des propriétés, vivant dans une base de données chiffrée que vous ne pouvez ouvrir qu'avec leur client. Dans Filarr, votre PDF est un PDF — chiffré sur le disque, oui, mais un fichier au sens où l'entend votre système d'exploitation, avec une extension, une taille, une place dans une arborescence. Cette différence-là n'apparaît dans aucun tableau marketing, et c'est pourtant celle qui détermine si vous serez heureux dans cinq ans.

J'écris ceci en tant que personne qui a construit Filarr, donc autant poser le biais sur la table tout de suite : j'ai une opinion, et elle penche. Mais une comparaison où le concurrent perd sur tous les tableaux ne sert personne — surtout pas vous. Anytype est un excellent produit, mieux financé, plus mûr, et meilleur que Filarr sur plusieurs axes que je vais détailler sans ménagement. Mon but ici n'est pas de gagner un argument, c'est de vous aider à choisir l'outil qui correspond à votre façon de penser, parce que ces deux philosophies sont assez différentes pour qu'un mauvais choix vous coûte des mois de migration plus tard.

Il y a enfin une raison de calendrier. Le marché du "second cerveau" chiffré s'est densifié : Standard Notes, Obsidian avec ses plugins, Anytype, Joplin, Cryptee, Proton qui se met aux documents. Dans ce paysage, les gens ne choisissent plus "un outil de notes" — ils choisissent une architecture de données dans laquelle ils vont déverser des années de leur vie intellectuelle. Se tromper d'architecture, ce n'est pas désinstaller une app, c'est exporter, reformater, perdre des liens, et recommencer. La comparaison vaut donc le détour parce que l'enjeu réel n'est pas "laquelle a la plus jolie interface", mais "laquelle me laissera partir librement le jour où je voudrai partir".

L'histoire des deux produits

Anytype est le plus ancien des deux, et son histoire ressemble à celle d'un projet militant autant qu'à celle d'une startup. Les fondations remontent à 2018-2019, autour d'Anton Pronkin et d'une petite équipe rejointe par Zhanna Sharipova (aujourd'hui à la direction), Roman Khafizianov et Anton Barulenkov. En 2019, le projet passe par l'accélérateur Techstars à Berlin et lève un premier seed d'environ 120 000 dollars, suivi en mars 2020 d'un tour de 1,2 million avec AltaIR Capital, Tiny VC et System.One. La même année sortent un premier prototype desktop et une alpha Android. Ce qui frappe dans la liste des premiers investisseurs, c'est leur couleur : des figures du Web3 et de la décentralisation — des gens d'Ocean Protocol, de Polkadot, d'Aragon, et même Adam Wiggins, cofondateur de Heroku et grand penseur du local-first. Anytype n'est pas né dans la culture SaaS ; il est né dans la culture "reprenons le contrôle d'Internet".

Cette filiation explique beaucoup de choses sur le produit. En août 2023, Anytype annonce une série A de 13,4 millions de dollars, portant le total levé à environ 29 millions, et le discours qui l'accompagne n'est pas "on va dominer le marché des notes" mais "on veut restaurer un Internet où l'utilisateur possède ses données". La structure elle-même reflète cette idéologie : le protocole de synchronisation est porté par une association (Any Association, sous le domaine any.coop), pas par une société commerciale classique, et l'ambition affichée est qu'à terme le réseau puisse vivre sans la société qui l'a créé. C'est un projet avec une thèse politique, et cela transparaît dans chaque choix d'architecture — du pair-à-pair à la possibilité d'auto-héberger son nœud de backup.

Filarr arrive bien plus tard, et avec une humilité de calendrier qu'il faut assumer franchement : c'est un produit jeune, de 2026, sans série A à treize millions ni cohorte d'anges du Web3. Là où Anytype a sept ans de maturation, de tickets fermés et de communauté accumulée, Filarr a quelques années, un écosystème naissant, et un mobile encore en chantier. Prétendre le contraire serait malhonnête et vous le verriez en cinq minutes d'usage. Mais Filarr n'est pas parti du même point ni du même problème. Anytype voulait réinventer la donnée elle-même — la transformer en objets typés reliés dans un graphe souverain. Filarr est parti d'une frustration plus terre-à-terre : pourquoi est-ce que mes fichiers — mes vrais fichiers, mes PDF, mes images, mon code, mes notes — vivent-ils soit en clair sur un serveur (Notion, Google Drive), soit chiffrés mais sans cohésion (un dossier VeraCrypt, un plugin Obsidian fragile) ?

Les deux trajectoires racontent deux paris. Anytype a parié qu'en changeant le modèle de données — de la page-fichier vers l'objet-relation — on libère une puissance que ni Notion ni Obsidian n'atteignent, au prix d'un format propriétaire et d'une courbe d'apprentissage. Filarr a parié l'inverse : que la plupart des gens ne veulent pas réapprendre ce qu'est un document, qu'ils veulent leurs fichiers, intacts, ouvrables, sauvegardables, mais enfin chiffrés correctement et reliés par un graphe quand ils en ont besoin. L'un est une révolution conceptuelle, l'autre une mise à niveau de sécurité sur un paradigme familier. Ni l'un ni l'autre n'a "raison" dans l'absolu ; ils s'adressent à deux types de cerveaux. La suite de cet article consiste essentiellement à déterminer lequel est le vôtre.

La fracture philosophique : l'objet contre le fichier

Voici le point de bascule de toute la comparaison, celui dont tout le reste découle. Anytype et Filarr ne sont pas en désaccord sur le chiffrement, sur le local-first, ou sur la souveraineté ; ils sont en désaccord sur la question la plus fondamentale qui soit : qu'est-ce qu'une unité d'information ? Pour Anytype, c'est un objet. Une note, une tâche, une personne, un livre, une facture, un projet — tout est un "objet" avec un type, des relations vers d'autres objets, et des propriétés structurées. Vous ne créez pas un fichier que vous rangez dans un dossier ; vous créez une entité que vous reliez à d'autres entités, et la navigation se fait par les liens, pas par l'arborescence. C'est le modèle Notion poussé à son terme, mais chiffré et décentralisé. C'est puissant, c'est élégant, et c'est radicalement différent de la façon dont votre ordinateur a fonctionné toute votre vie.

Pour Filarr, l'unité d'information reste le fichier. Un fichier a un nom, une extension, une taille, et il vit dans une arborescence de dossiers que vous reconnaîtriez les yeux fermés. La différence avec un explorateur classique, c'est que chaque fichier est chiffré individuellement en AES-256-GCM sur votre disque, et qu'au-dessus de cette couche de fichiers, Filarr ajoute des notes et un graph qui relie le tout. Vous gardez le modèle mental du système de fichiers — celui que vous maîtrisez déjà — et vous y greffez la sécurité et la connectivité qui lui manquaient. Là où Anytype vous demande d'abandonner la métaphore du fichier pour adopter celle de l'objet, Filarr vous demande de garder vos fichiers et d'ajouter une serrure et des fils par-dessus.

Déroulons un scénario concret pour rendre ça palpable. Imaginez que vous gérez la documentation d'un petit cabinet : des contrats en PDF, des scans de pièces d'identité, des feuilles de calcul de facturation, des notes de réunion, et le code d'un petit outil interne. Dans Anytype, vous importez tout ça, et chaque élément devient un objet. Le PDF de contrat devient un objet "Contrat" que vous reliez à un objet "Client", lui-même relié à un objet "Facture". C'est superbe pour requêter : "montre-moi tous les contrats du client X échéant ce trimestre" devient trivial. Mais le jour où vous voulez simplement envoyer le PDF par e-mail à votre comptable, vous devez l'exporter hors d'Anytype, parce qu'à l'intérieur, ce n'est plus tout à fait un PDF posé quelque part — c'est le contenu d'un objet dans une base chiffrée propriétaire.

Dans Filarr, le même PDF reste un PDF. Il est chiffré sur le disque, mais c'est un fichier que Filarr déchiffre à la volée, que vous pouvez exporter d'un clic, sauvegarder sur un disque externe, ou retrouver dans une structure de dossiers lisible. Vous reliez ce contrat à une note de réunion et à la fiche client via le graph, donc vous n'avez pas perdu la connectivité d'Anytype — mais vous n'avez pas non plus perdu la fichier-ité du fichier. La contrepartie est honnête : Filarr ne vous offrira jamais la richesse relationnelle d'une vraie base d'objets typés avec des vues filtrées et des relations bidirectionnelles arbitraires. Vous gagnez la portabilité brute, vous perdez la puissance de modélisation. C'est tout le dilemme en une phrase, et aucune des deux réponses n'est lâche : ce sont deux conceptions assumées de ce que devrait être un "second cerveau".

À quoi chaque outil sert vraiment

Si l'on retire le marketing, Anytype est conçu pour les gens qui pensent en réseaux et qui veulent modéliser leur monde. C'est l'outil de la personne qui, devant n'importe quel domaine de connaissance, a envie de définir des types, des attributs et des relations — qui voit une bibliothèque non comme des livres dans des étagères mais comme un graphe d'auteurs, de thèmes, de citations et de connexions. Pour cette personne, le coût d'apprentissage du modèle objet n'est pas un coût, c'est un plaisir : enfin un outil qui ne l'oblige pas à aplatir sa pensée dans des dossiers. Anytype brille pour le wiki personnel structuré, la gestion de projet relationnelle, les bases de données de lecture ou de recherche, et de plus en plus le travail collaboratif via les espaces partagés. C'est, fondamentalement, un Notion que vous possédez.

Filarr est conçu pour les gens qui ont déjà des fichiers et un problème de confiance. C'est l'outil de la personne dont la vie numérique est faite de documents concrets — des contrats, des photos, du code, des PDF, des tableurs, des notes — et qui en a assez du compromis actuel : tout en clair chez un géant du cloud, ou bien éparpillé dans des solutions de chiffrement qui ne se parlent pas. Cette personne ne rêve pas de redéfinir ce qu'est un document ; elle veut que ses documents restent ce qu'ils sont, mais chiffrés correctement, sauvegardés où elle décide, et reliés entre eux quand le besoin émerge. Filarr brille pour le coffre de documents sensibles, la gestion de fichiers privée multi-profils, l'archivage personnel à long terme, et la prise de notes adossée à de vrais fichiers — le tout sans jamais perdre la capacité d'ouvrir un fichier comme un fichier.

La nuance des profils mérite d'être soulignée, parce qu'elle révèle une intention de design. Filarr permet de créer plusieurs profils — jusqu'à dix — chacun étant un conteneur totalement isolé avec sa propre clé de chiffrement, ses propres dossiers, ses propres réglages, et une protection par code PIN optionnelle. Concrètement, cela veut dire qu'on peut cloisonner vie pro et vie perso, ou séparer des dossiers clients, avec une étanchéité cryptographique réelle entre les compartiments : ce n'est pas un dossier "Perso" et un dossier "Pro" sous la même clé, ce sont deux mondes chiffrés indépendamment. Anytype, de son côté, organise plutôt par "espaces" (spaces) qui peuvent être personnels ou partagés, avec une logique tournée vers la collaboration et le partage granulaire plutôt que vers le cloisonnement cryptographique strict de profils locaux.

Il y a donc un test simple pour vous situer. Posez-vous la question : quand vous fermez les yeux et pensez à vos données, voyez-vous un réseau de concepts ou un ensemble de fichiers ? Si vous voyez un réseau — des idées qui se relient, des entités qui se référencent, un graphe que vous voulez requêter et faire grandir — Anytype parle votre langue native. Si vous voyez des fichiers — des documents que vous voulez garder intacts, ouvrir, sauvegarder, et protéger — Filarr parle la vôtre. La plupart des gens, soyons honnêtes, voient surtout des fichiers, parce que c'est ainsi que fonctionne tout le reste de leur ordinateur. Mais une minorité significative, souvent technique ou très organisée, pense réellement en objets, et pour elle, revenir aux fichiers serait une régression. Aucun des deux camps n'a tort.

Le chiffrement en profondeur

Entrons dans le moteur, parce que c'est là que se jouent les vraies différences de garanties. Filarr chiffre chaque fichier en AES-256-GCM, un algorithme authentifié qui garantit à la fois la confidentialité et l'intégrité — si un octet du chiffré est altéré, le déchiffrement échoue plutôt que de produire des données corrompues silencieusement. Le format de chaque fichier chiffré suit une structure simple et éprouvée : un vecteur d'initialisation de 12 octets, suivi du texte chiffré, suivi d'un tag d'authentification de 16 octets. La clé qui chiffre les fichiers (la FEK, file encryption key) n'est jamais stockée en clair : elle est elle-même chiffrée — "wrappée" — par une clé d'encryption (la KEK) dérivée de votre mot de passe. Changer de mot de passe ne re-chiffre pas tous vos fichiers ; cela re-wrappe seulement la FEK, opération instantanée, ce qui est à la fois élégant et révélateur d'une architecture pensée pour durer.

La dérivation de cette KEK est le point que je regarde toujours en premier chez un concurrent, parce que c'est là que la plupart des produits trichent. Filarr utilise PBKDF2-HMAC-SHA-512 avec 600 000 itérations — la recommandation OWASP de 2024 pour cette famille de fonctions — avec un sel aléatoire de 16 octets par clé. Pour les profils qui veulent davantage, Argon2id est disponible en option, une fonction de dérivation mémoire-dure conçue spécifiquement pour résister aux attaques par GPU et ASIC. Côté récupération, Filarr génère une phrase BIP-39 de 24 mots représentant 264 bits d'entropie, tirée d'une source cryptographiquement sûre sans biais modulaire, et cette phrase peut servir à wrapper une seconde copie de la FEK : vous pouvez donc retrouver l'accès soit par mot de passe, soit par phrase de récupération.

Anytype prend un chemin différent, hérité de sa culture crypto-décentralisée. Plutôt qu'un mot de passe dérivé en KEK, Anytype génère à la création du compte une phrase mnémonique BIP-39 de 12 mots qui est votre clé — votre identité, votre login et votre passphrase en une seule chose, à la manière d'un portefeuille Bitcoin. À partir de cette phrase est dérivée la clé privée de votre "vault", et l'identité cryptographique du compte repose sur des clés Ed25519 pour la signature. Les données elles-mêmes sont chiffrées objet par objet, avec une hiérarchie de clés où chaque document possède sa propre clé de chiffrement symétrique (de la famille AES, d'après leur documentation technique). Le résultat net est comparable à celui de Filarr sur le plan de la confidentialité — personne chez l'éditeur ne peut lire vos données — mais le modèle d'accès est philosophiquement opposé : il n'y a pas de mot de passe chez Anytype, il y a une clé que vous possédez ou que vous perdez.

Mettons maintenant ces deux architectures à l'épreuve de quatre menaces concrètes, parce que "c'est chiffré" ne veut rien dire sans préciser contre quoi. Menace 1, le serveur malveillant ou compromis. Chez les deux, c'est le scénario nominal et les deux le gèrent : le serveur (les nœuds de backup d'Anytype, le bucket R2 de Filarr) ne stocke que des blobs chiffrés opaques qu'il ne peut pas déchiffrer. Un attaquant qui prend le contrôle du serveur, ou un éditeur sommé de coopérer, ne récupère que du bruit. Match nul, et c'est une bonne nouvelle pour vous dans les deux cas. Menace 2, le laptop volé éteint. Ici aussi les deux protègent, mais par des mécanismes distincts : chez Filarr, les fichiers sur le disque sont chiffrés et la FEK n'est déverrouillable que par mot de passe (ou phrase) ; chez Anytype, le vault local est chiffré et inaccessible sans la phrase de 12 mots. Dans les deux cas, un voleur qui rallume la machine et tombe sur l'écran de déverrouillage est bloqué.

Menace 3, le mot de passe faible. C'est ici que les chemins divergent vraiment. Filarr a un mot de passe choisi par l'utilisateur, donc un mot de passe faible est une vulnérabilité : la défense, ce sont les 600 000 itérations PBKDF2 (ou Argon2id) qui rendent chaque tentative de cassage coûteuse, ralentissant une attaque par force brute de plusieurs ordres de grandeur. Anytype, lui, n'a pas de mot de passe à proprement parler : votre clé est une phrase de 12 mots à haute entropie générée par la machine, donc il n'y a pas de "mot de passe faible" possible — mais en contrepartie, vous ne pouvez pas non plus choisir quelque chose de mémorisable, et toute la sécurité repose sur votre capacité à ne pas perdre ces 12 mots. Menace 4, la réquisition légale. Les deux éditeurs, sommés par un tribunal, ne peuvent livrer que des blobs chiffrés ; ni l'un ni l'autre ne détient les clés. La vraie différence est en aval : avec Filarr, on pourrait théoriquement vous contraindre à révéler votre mot de passe ; avec Anytype, on pourrait vous contraindre à révéler votre phrase. Aucun chiffrement ne protège contre la coercition physique de son propriétaire — et tout produit honnête devrait vous le dire plutôt que de vendre de l'"inviolable".

Architecture de synchronisation et multi-appareils

La sync est le terrain où les deux philosophies se voient le plus crûment, parce que synchroniser des objets dans un graphe distribué et synchroniser des fichiers chiffrés ne posent pas du tout les mêmes problèmes. Anytype repose sur any-sync, son protocole maison, qui est sans doute la pièce d'ingénierie la plus impressionnante du projet. C'est un protocole pair-à-pair fondé sur des CRDT (Conflict-free Replicated Data Types), des structures de données conçues pour fusionner les modifications concurrentes sans conflit ni serveur d'autorité centrale. La copie primaire de chaque espace vit sur votre appareil ; la synchronisation se fait en arrière-plan, peut passer par le réseau local sans Internet, et les nœuds de backup ne servent que de relais et de sauvegarde chiffrée. Détail crucial pour les souverainistes : ce protocole est sous licence MIT, réellement open source, et vous pouvez auto-héberger votre propre nœud de backup pour ne dépendre d'aucune infrastructure tierce.

Filarr fait un choix plus modeste et plus classique, assumé comme tel. La sync est optionnelle — par défaut, Filarr est 100 % offline et n'envoie rien nulle part — et lorsqu'elle est activée, elle s'appuie sur Cloudflare R2 (stockage objet compatible S3) pour les blobs chiffrés, Cloudflare D1 pour les métadonnées, et des Workers Cloudflare comme proxy d'URL signées. Le serveur ne voit que des blobs chiffrés opaques qu'il est incapable de déchiffrer, avec un versionnement de manifeste à verrouillage optimiste pour gérer les écritures concurrentes. Ce n'est pas du pair-à-pair, c'est un modèle client-serveur centralisé sur une infrastructure tierce, et il faut le dire clairement : sur le plan de la décentralisation pure, any-sync est architecturalement plus ambitieux et plus souverain que la sync R2 de Filarr.

Mais Filarr a une carte que beaucoup sous-estiment : le BYOS, bring your own storage. Plutôt que d'être enchaîné au cloud de l'éditeur, vous pouvez pointer la sync vers n'importe quel stockage compatible S3 — un bucket AWS, un MinIO auto-hébergé chez vous, un autre fournisseur — et Filarr y déposera vos blobs chiffrés selon une structure de dossiers lisible. C'est une forme de décentralisation différente de celle d'Anytype : pas du pair-à-pair, mais un libre choix de l'infrastructure, qui permet à un self-hoster de garder ses données chiffrées sur sa propre machine sans jamais toucher au cloud de Filarr. Là où Anytype vous dit "hébergez votre nœud de notre protocole", Filarr vous dit "utilisez le stockage S3 que vous voulez" ; ce sont deux réponses au même désir d'autonomie.

Les scénarios de panne révèlent la robustesse de chaque approche. Que se passe-t-il hors-ligne ? Chez les deux, tout continue de fonctionner, parce que la copie de référence est locale — c'est le cœur même du local-first, et ni l'un ni l'autre ne vous laisse en rade sans réseau. Que se passe-t-il si le serveur de l'éditeur tombe ou ferme ? Avec Anytype, vos appareils gardent leurs copies et peuvent même se synchroniser entre eux en pair-à-pair sur le réseau local, et vous pouvez basculer vers un nœud auto-hébergé ; la dépendance à l'infrastructure d'origine est faible par conception. Avec Filarr, vos fichiers restent intégralement sur votre disque, déchiffrables localement, et vous pouvez reconfigurer la sync vers un bucket BYOS ; vous ne perdez aucune donnée, seulement le confort de la sync managée. Et à la résiliation d'un abonnement ? Dans les deux cas, c'est la promesse local-first qui vous sauve : vous arrêtez de payer la sync, le cloud cesse de suivre, mais vos données — objets pour Anytype, fichiers pour Filarr — sont déjà chez vous, intactes.

Récupération et perte d'accès

La récupération est le sujet que les gens négligent jusqu'au jour catastrophique où ils en ont besoin, et c'est précisément là que les deux modèles montrent leur vrai visage. Commençons par Anytype, dont le modèle est aussi sécurisé qu'impitoyable. Votre compte tout entier est gouverné par une unique phrase de 12 mots, générée sur l'appareil, stockée idéalement dans l'enclave sécurisée du système. Cette phrase n'est pas un backup de votre accès — elle est votre accès. Il n'y a pas de mot de passe à réinitialiser, pas de lien "mot de passe oublié", pas de support qui puisse vous dépanner, parce que par construction personne chez Anytype ne connaît cette phrase ni ne peut la régénérer. Perdez-la, et vous perdez l'intégralité de votre vault sans recours. C'est la rançon assumée du zero-knowledge le plus pur : une sécurité totale contre l'éditeur, payée par une responsabilité totale de l'utilisateur.

Filarr propose un modèle à deux étages qui sera plus familier — et plus pardonnant — pour la plupart des gens. Au quotidien, vous vous connectez avec un mot de passe, celui qui dérive la KEK qui déwrappe la FEK. Si vous oubliez ce mot de passe, vous n'êtes pas immédiatement condamné : la FEK a été wrappée une seconde fois avec votre phrase de récupération BIP-39 de 24 mots, conservée à part au moment de la création du compte. Vous saisissez les 24 mots, Filarr déwrappe la FEK par ce second chemin, et vous pouvez redéfinir un nouveau mot de passe. Vous avez donc deux clés vers la même serrure : une mémorisable que vous utilisez tous les jours, une longue que vous rangez dans un coffre. C'est un filet de sécurité que le modèle mono-phrase d'Anytype n'offre pas — au prix d'une surface d'attaque théoriquement un peu plus large, puisqu'il existe deux chemins de déchiffrement au lieu d'un.

Déroulons les scénarios concrets, parce que c'est là que la différence devient viscérale. Vous oubliez votre secret quotidien. Chez Filarr, vous passez par les 24 mots et vous récupérez tout ; chez Anytype, il n'y a pas de "secret quotidien" distinct à oublier, donc la question ne se pose pas — mais cela signifie aussi que votre seule ligne de défense mnémonique est la phrase maîtresse. Vous perdez la phrase de récupération. Chez Filarr, tant que vous connaissez encore votre mot de passe, vous gardez l'accès et pouvez régénérer une sauvegarde ; vous avez donc une marge d'erreur. Chez Anytype, perdre la phrase de 12 mots quand l'appareil est encore connecté vous laisse l'accès via cet appareil, mais sans cette phrase vous ne pourrez jamais ajouter un nouvel appareil ni récupérer après une réinitialisation — la perte est latente, et elle se révèle au pire moment.

La mort du compte, ou de son propriétaire. C'est le scénario que personne n'aime envisager mais qui compte pour toute personne sérieuse au sujet de ses archives. Dans les deux systèmes, transmettre l'accès revient à transmettre les mots : pour Anytype, les 12 mots du vault ; pour Filarr, soit le mot de passe, soit les 24 mots de récupération. La différence pratique est que le modèle à deux étages de Filarr permet une stratégie d'héritage plus souple — vous pouvez confier la phrase de 24 mots à un notaire ou à un proche sans lui donner votre usage quotidien — tandis qu'Anytype force le tout-ou-rien : qui possède la phrase possède le compte entier, sans demi-mesure. Aucun des deux n'est "mieux" dans l'absolu ; l'un optimise la pureté cryptographique, l'autre la résilience humaine face à l'oubli et à la transmission. Choisissez selon que vous craignez davantage un éditeur curieux ou votre propre faillibilité.

Le tableau, et ce qu'il ne dit pas

Voici la comparaison condensée. Lisez-la, puis lisez le paragraphe qui suit, parce qu'un tableau ment toujours un peu par sa propre concision.

CritèreAnytypeFilarr
Modèle de donnéesObjets typés et relations dans un grapheFichiers réels sur disque + notes + graph
ChiffrementPar objet, hiérarchie de clés (AES), identité Ed25519AES-256-GCM par fichier, FEK wrappée par KEK
Dérivation de cléPhrase 12 mots BIP-39 = clé du vaultPBKDF2-SHA-512 600k itérations, Argon2id en option
Accès quotidienPhrase de 12 mots (pas de mot de passe)Mot de passe + phrase 24 mots de secours
Syncany-sync, P2P/CRDT, nœud auto-hébergeableCloudflare R2 (optionnelle) + BYOS S3
DécentralisationPair-à-pair, réseau local possibleClient-serveur, mais choix libre du stockage
PlateformesWin, macOS, Linux, iOS, AndroidWin, macOS, Linux ; mobile en cours
Format des donnéesPropriétaire (objets chiffrés)Vrais fichiers (50+ formats), export trivial
CollaborationEspaces partagés, multi-membresProfils isolés (jusqu'à 10), orienté solo
Licence clientAny Source Available License 1.0Source-available (BSL 1.1)
Licence protocole/syncany-sync sous MITWorker/site sous AGPL-3.0
PrixGratuit (1 Go cloud) ; Builder 99 $/anGratuit en local à vie ; sync dès 4 €/mois
Maturité~2019, ~29 M$ levés, mobile mûr2026, jeune, mobile en chantier

Ce que ce tableau ne capture pas, c'est la texture des choix. Prenez la ligne "décentralisation" : dire qu'Anytype est P2P et Filarr client-serveur fait pencher la balance vers Anytype, et à juste titre sur le plan architectural — mais la ligne ne dit pas que le BYOS de Filarr permet à un utilisateur normal de garder ses données chez lui en cinq minutes de configuration S3, là où auto-héberger un nœud any-sync demande un vrai effort d'administration système. La supériorité conceptuelle d'Anytype est réelle ; son accessibilité pour le commun des mortels l'est moins. De même, "format propriétaire" contre "vrais fichiers" sonne comme un point pour Filarr, mais le format objet d'Anytype est précisément ce qui lui donne sa puissance relationnelle : c'est un compromis, pas un défaut. Un tableau transforme des arbitrages en scores, et c'est exactement le piège dont il faut se méfier quand on choisit un outil pour dix ans.

Là où Anytype gagne vraiment

Soyons direct : sur plusieurs dimensions, Anytype est devant, et certaines de ces avances sont structurelles, pas juste conjoncturelles. La première, c'est la maturité. Sept ans de développement, près de trente millions levés, une communauté constituée, des milliers de tickets traités — cela se sent dans la solidité, la profondeur des fonctionnalités, et la quantité de ressources, tutoriels et templates disponibles. Filarr, jeune produit de 2026, ne peut pas rivaliser sur ce terrain et il serait ridicule de prétendre le contraire. Quand vous adoptez Anytype, vous adoptez un logiciel qui a déjà rencontré et résolu une immense quantité de cas limites ; quand vous adoptez Filarr, vous pariez sur une trajectoire plus que sur un historique.

La deuxième avance, c'est le mobile. Anytype tourne sur iOS et Android avec des applications natives, certes moins puissantes que le desktop mais bien réelles et utilisables au quotidien. Filarr, lui, a un mobile encore en chantier — et pour beaucoup de gens, l'absence d'un client mobile mûr est un dealbreaker immédiat, parce qu'un second cerveau qu'on ne peut pas consulter dans le métro est un second cerveau amputé. Sur ce point, il n'y a pas de débat ni de nuance à apporter : si vous avez besoin de mobilité dès aujourd'hui, Anytype répond et Filarr pas encore. C'est aussi simple et aussi tranchant que ça.

La troisième avance, c'est le modèle de données lui-même, pour qui en a l'usage. La capacité de définir des types, des relations, des propriétés, et de construire des vues filtrées sur des bases d'objets, place Anytype dans une catégorie que Filarr ne vise même pas. Si vous voulez modéliser un CRM personnel, une base de données de recherche académique, un système de gestion de projet relationnel, Anytype vous donne des outils qu'un gestionnaire de fichiers, aussi bien chiffré soit-il, n'offrira jamais. Cette richesse a un coût d'apprentissage, mais pour les esprits qui pensent en réseaux, c'est un investissement qui paie tous les jours.

La quatrième, c'est la décentralisation authentique et la collaboration. Le protocole any-sync est du vrai pair-à-pair sous licence MIT, avec synchronisation possible sur réseau local sans Internet, et nœud de backup auto-hébergeable — un degré de souveraineté technique que la sync client-serveur de Filarr, même avec BYOS, n'atteint pas architecturalement. Ajoutez les espaces partagés multi-membres pour collaborer à plusieurs sur un même graphe chiffré, et vous avez un outil qui fonctionne là où Filarr, résolument orienté solo et cloisonnement par profils, ne va pas. Enfin, et ce n'est pas rien, le free tier d'Anytype inclut 1 Go de stockage cloud chiffré gratuit — là où la gratuité de Filarr est purement locale. Pour quelqu'un qui veut de la sync gratuite entre deux appareils sans sortir la carte bleue, Anytype gagne ce round nettement.

Là où Filarr gagne vraiment

Maintenant l'autre plateau de la balance, avec la même franchise. Le premier avantage de Filarr, c'est la propriété brute de vos fichiers, et je pèse mes mots quand je dis que c'est sous-estimé. Dans Filarr, vos données sont des fichiers — chiffrés, mais des fichiers que vous pouvez exporter, sauvegarder sur un disque externe, copier sur une clé USB, ou récupérer dans une arborescence lisible. Le jour où vous voulez partir, vous partez avec vos fichiers, dans leurs formats d'origine, sans moulinette d'export ni perte de fidélité. Avec Anytype, partir signifie exporter des objets depuis un format propriétaire, avec tout ce que cela implique de friction et de pertes potentielles de structure. La portabilité n'est pas une fonctionnalité chez Filarr, c'est une conséquence directe de l'architecture, et c'est la meilleure assurance anti-lock-in qui soit.

Le deuxième avantage est le modèle mental. Filarr ne vous demande pas de réapprendre ce qu'est un document. Des dossiers, des fichiers, des extensions, une arborescence : vous savez déjà tout ça, et Filarr y ajoute le chiffrement, les notes et le graph sans détruire vos repères. Anytype, à l'inverse, exige que vous embrassiez le paradigme objet — un investissement cognitif qui rebute une fraction non négligeable des gens qui essaient et abandonnent parce que "c'est trop". Pour l'immense majorité des utilisateurs, dont le cerveau pense en fichiers parce que tout leur ordinateur fonctionne en fichiers, la courbe d'apprentissage de Filarr est essentiellement plate. La simplicité n'est pas un manque d'ambition ; c'est un choix de design qui respecte le temps et les habitudes de l'utilisateur.

Le troisième avantage touche au chiffrement granulaire et au cloisonnement. Chiffrer chaque fichier individuellement en AES-256-GCM, avec une clé isolée, signifie qu'aucune compromission ne se propage facilement d'un fichier à l'autre, et que le système raisonne au grain le plus fin possible. Couplé aux profils — jusqu'à dix conteneurs cryptographiquement indépendants, chacun avec sa propre clé et son code PIN — Filarr offre un cloisonnement strict entre vos différents mondes : un profil professionnel compromis ne donne aucun accès à votre profil personnel, parce que ce sont des clés séparées, pas des sous-dossiers d'une même clé. C'est une garantie d'étanchéité que le modèle d'espaces d'Anytype, pensé pour le partage plutôt que pour l'isolation, n'adresse pas de la même manière.

Le quatrième avantage est le prix de la sync et le choix du stockage. Filarr est gratuit en local à vie — réellement, pas en version bridée — et sa sync optionnelle démarre à 4 €/mois pour 10 Go, avec un palier Pro à 8 €/mois pour 50 Go et un nombre illimité d'appareils. Anytype, lui, ne propose que de l'abonnement annuel pour ses tiers payants — Builder à 99 $/an, Co-creator à 299 $/an — sans option mensuelle, ce qui force un engagement d'un an pour qui veut dépasser le 1 Go gratuit. Pour quelqu'un qui veut payer petit, mensuellement, et seulement pour ce dont il a besoin, la grille de Filarr est plus souple et plus douce. Ajoutez le BYOS, qui vous laisse pointer la sync vers votre propre stockage S3 et ne dépendre d'aucun cloud d'éditeur, et vous obtenez une flexibilité d'hébergement que peu de concurrents égalent à ce niveau de prix.

Migrer concrètement de l'un à l'autre

Parlons de la friction réelle, parce que "on peut toujours migrer" est la plus grande illusion du choix d'outils. Migrer d'Anytype vers Filarr commence par un export. Anytype permet d'exporter vos objets, et pour tout ce qui était au départ un vrai fichier importé — vos PDF, vos images, vos documents — la récupération est propre : vous retrouvez des fichiers que Filarr accueille nativement et chiffre à l'import. La friction apparaît sur ce qui n'a jamais été un fichier : vos objets purement relationnels, vos bases de données d'objets typés, vos relations bidirectionnelles, qui s'exportent généralement en Markdown ou en formats structurés mais perdent une partie de leur logique relationnelle en route. Vous récupérez le contenu, vous perdez une partie de la structure — et c'est inévitable, parce que Filarr n'a pas de modèle objet pour l'accueillir. Si vous aviez peu modélisé et surtout stocké des documents, la migration est quasi indolore ; si vous aviez bâti une cathédrale relationnelle, elle fait mal.

Migrer de Filarr vers Anytype va dans l'autre sens et révèle une asymétrie intéressante. Comme Filarr stocke de vrais fichiers, l'export est trivial — tout est déjà des fichiers — et Anytype les importera comme objets. Vous gagnez alors la possibilité de typer et de relier ce qui n'était que des fichiers, donc la migration est un enrichissement plutôt qu'une perte : vous montez en structure au lieu d'en descendre. La friction ici est l'inverse de la précédente : ce n'est pas une perte de données, c'est un travail d'organisation, parce que des fichiers importés en vrac dans Anytype restent des objets non typés et non reliés tant que vous ne faites pas l'effort de les modéliser. Anytype ne vous redonne pas magiquement la richesse relationnelle ; il vous donne le terrain pour la construire, à la sueur de votre clavier.

La leçon de ces deux trajectoires est simple et vaut mieux que n'importe quel argument de vente. La direction de migration la moins douloureuse est celle qui descend en complexité structurelle (Anytype riche → Filarr fichiers) seulement si vous n'aviez pas exploité la richesse, et celle qui monte (Filarr fichiers → Anytype objets) coûte du travail mais ne perd rien. Ce que vous devez en retenir, c'est qu'il vaut mieux commencer par l'outil qui correspond à votre façon de penser réelle, pas à votre façon de penser fantasmée. Beaucoup de gens choisissent Anytype par idéalisme relationnel, ne modélisent jamais vraiment, et auraient été plus heureux — et plus mobiles — avec un gestionnaire de fichiers chiffré dès le départ. À l'inverse, ceux qui pensent réellement en réseaux et qui choisiraient Filarr par simplicité se sentiraient vite à l'étroit. La migration la moins coûteuse, c'est celle que vous n'avez pas à faire.

Le prix, décortiqué avec des scénarios chiffrés

Les grilles tarifaires sont conçues pour être difficiles à comparer, alors faisons le travail avec des cas réels. Scénario A : l'utilisateur solo, deux appareils, qui veut juste de la sync légère. Chez Anytype, le free tier suffit peut-être — 1 Go de cloud chiffré gratuit, ce qui couvre beaucoup de notes mais sature vite si vous y mettez des PDF ou des images. Dès que vous dépassez, il faut passer à Builder, soit 99 $/an d'un coup, sans option mensuelle. Chez Filarr, le local est gratuit à vie, et la sync Solo coûte 4 €/mois pour 10 Go sur trois appareils, soit environ 48 €/an mais payables mois par mois et résiliables à tout moment. Pour ce profil, si vos données tiennent dans 1 Go de texte, Anytype gratuit gagne ; dès que vous stockez de vrais fichiers volumineux, Filarr à 4 €/mois devient à la fois plus capacitaire et plus souple financièrement.

Scénario B : l'archiviste personnel, qui veut chiffrer et synchroniser 40 Go de documents sur plusieurs machines. Chez Anytype, 40 Go vous placent au-delà du free tier et probablement au-delà même de ce que le tier d'entrée couvre confortablement ; le modèle annuel et la tarification orientée "objets et collaboration" plus que "gros volumes de fichiers" rendent ce cas peu naturel pour le produit. Chez Filarr, c'est exactement le scénario nominal : le palier Pro à 8 €/mois offre 50 Go et un nombre illimité d'appareils, soit 96 €/an, pour stocker précisément ce genre de masse documentaire. Filarr a été pensé pour les fichiers lourds ; Anytype, pour les graphes de connaissances. Le prix suit la philosophie, et pour l'archiviste, Filarr est à la fois moins cher au gigaoctet et mieux dimensionné.

Scénario C : l'allergique au cloud, qui ne veut payer aucun abonnement à un éditeur. Ici les deux ont une réponse, et c'est tout à leur honneur. Chez Anytype, vous restez gratuit en auto-hébergeant votre nœud any-sync — zéro euro versé à l'éditeur, au prix d'une administration système non triviale et de la maintenance d'un service réseau. Chez Filarr, vous restez gratuit en local à vie sans rien configurer, ou bien vous activez le BYOS pour pointer la sync vers votre propre stockage S3 (un MinIO chez vous, par exemple), là encore sans payer l'éditeur. Pour le bricoleur capable de gérer un serveur, Anytype offre la décentralisation la plus pure ; pour celui qui veut le zéro-cloud sans devenir administrateur réseau, le local-gratuit-à-vie de Filarr est imbattable de simplicité. Le bon choix dépend entièrement de votre tolérance à l'administration système.

La morale tarifaire est qu'aucun des deux n'est "moins cher" dans l'absolu — ils facturent des choses différentes. Anytype monétise un free tier généreux en cloud et des plans annuels orientés puissance et collaboration ; Filarr monétise une sync mensuelle bon marché adossée à une gratuité locale totale et au choix du stockage. Si votre usage est léger et textuel, Anytype gratuit est difficile à battre. Si votre usage est lourd en fichiers et que vous préférez l'engagement mensuel souple, Filarr est plus économique et plus flexible. Méfiez-vous des comparaisons qui annoncent un gagnant unique : le seul chiffre qui compte est celui que votre usage produit, et il penche d'un côté ou de l'autre selon que vous stockez des idées ou des fichiers.

Open source et licence : ce que ça change pour vous

Le mot "open source" est jeté un peu partout dans ce secteur, alors soyons précis, parce que les nuances ont des conséquences concrètes sur vos droits. Anytype présente une situation à deux niveaux qu'il faut comprendre. Son protocole de synchronisation, any-sync, est sous licence MIT — c'est-à-dire véritablement open source au sens de l'Open Source Initiative, librement réutilisable, modifiable et redistribuable, y compris commercialement. C'est un vrai atout de souveraineté : n'importe qui peut auditer, forker ou réimplémenter le cœur de la synchronisation. En revanche, le client Anytype lui-même (l'application desktop) est publié sous une licence maison, l'"Any Source Available License 1.0", qui autorise l'usage, la modification et la redistribution pour un usage non commercial ou au sein de réseaux autorisés, mais n'est pas une licence open source classique. Le code est visible et auditable, mais pas librement réutilisable sans conditions.

Filarr est dans une logique comparable de "source-available" plutôt que d'open source pur, et l'honnêteté commande de le dire clairement. Le client desktop de Filarr est publié sous une Business Source License (BSL 1.1) : le code source est ouvert et auditable, mais son usage est soumis à des conditions de licence, typiquement avec une bascule vers une licence plus permissive après une période donnée. C'est exactement la même famille de compromis qu'Anytype côté client : la transparence du code source, sans le "faites-en absolument ce que vous voulez" de MIT ou de GPL. La partie infrastructure de Filarr — le Worker de synchronisation et le site — relève quant à elle de l'AGPL-3.0, une licence copyleft forte qui impose de publier les modifications même en usage réseau.

Pour vous, utilisateur, qu'est-ce que ça change concrètement ? Sur le plan de la confiance, l'essentiel est acquis dans les deux cas : le code des clients est visible, donc les affirmations de chiffrement et de zero-knowledge sont auditables par des tiers, ce qui vaut infiniment mieux qu'une boîte noire propriétaire à la Notion. Vous n'avez à croire personne sur parole ; vous, ou un chercheur en sécurité, pouvez lire comment les clés sont dérivées et comment les fichiers sont chiffrés. La différence joue surtout pour les développeurs et les réutilisateurs : Anytype, avec son protocole MIT, offre un socle réellement réappropriable pour bâtir d'autres applications, là où le client reste sous conditions ; Filarr, avec son client en BSL, vous donne la transparence et un horizon d'ouverture future, mais pas la liberté immédiate de fork commercial. Aucun des deux n'est "100 % libre" au sens FSF ; les deux sont radicalement plus transparents que le SaaS chiffré-côté-serveur dominant. Le vrai message à retenir, c'est que la transparence du code n'est pas un détail marketing : c'est la seule façon de vérifier qu'un produit qui promet du chiffrement de bout en bout le fait réellement, et sur ce critère décisif, Anytype comme Filarr passent l'examen.

Quatre profils, quatre recommandations

Si vous êtes un knowledge worker qui pense en réseaux — vous adorez modéliser, vous voyez des relations partout, vous rêviez d'un Notion qui vous appartienne — choisissez Anytype, sans hésiter. Le modèle objet n'est pas un obstacle pour vous, c'est exactement ce que vous cherchiez, et la maturité du produit plus la richesse relationnelle vous donneront un terrain de jeu que Filarr ne vise même pas. Vous paierez ce confort par un format propriétaire et une migration future moins triviale, mais si vous pensez réellement en graphes typés, c'est un prix juste. Filarr vous semblerait étriqué au bout d'une semaine, parce qu'il vous redonnerait des fichiers là où vous vouliez des entités.

Si vous êtes un professionnel manipulant des documents sensibles — un avocat, un médecin, un comptable, un consultant avec des contrats, des scans, des dossiers clients confidentiels — choisissez Filarr. Vos données sont déjà des fichiers, vous n'avez aucune envie de les transformer en objets abstraits, et ce qu'il vous faut c'est un coffre où chaque fichier est chiffré individuellement, où vous pouvez cloisonner vos clients dans des profils étanches, et d'où vous pouvez exporter à tout instant pour transmettre ou archiver. Le chiffrement par fichier, les profils isolés par clé, et la portabilité brute des fichiers répondent précisément à votre obligation de confidentialité et à votre besoin de garder la main. Anytype vous obligerait à sortir vos PDF de sa base à chaque envoi ; Filarr les garde fichiers.

Si vous êtes un self-hoster militant — vous faites tourner votre propre serveur, le mot "décentralisation" vous fait briller les yeux, et dépendre d'un éditeur vous hérisse — la décision est plus serrée et dépend de votre patience d'administrateur. Si vous voulez la décentralisation la plus pure et que monter un nœud any-sync ne vous fait pas peur, Anytype et son protocole MIT pair-à-pair sont le choix idéologiquement le plus cohérent. Si vous voulez l'autonomie sans la lourdeur — garder vos données chez vous via un simple bucket S3 que vous contrôlez, sans administrer un service réseau complexe — le BYOS de Filarr atteint 80 % du résultat pour 20 % de l'effort. Posez-vous honnêtement la question du temps que vous voulez consacrer à la maintenance, et choisissez en conséquence.

Si vous êtes nomade, sur mobile toute la journée — votre second cerveau doit vivre dans votre poche, vous prenez des notes dans le train et consultez vos documents en réunion — choisissez Anytype aujourd'hui, point final. Filarr a un mobile encore en chantier, et aucun argument de chiffrement ou de propriété de fichiers ne compense l'absence d'un client mobile mûr quand votre usage est fondamentalement mobile. C'est le cas le plus tranché de toute cette comparaison : si la mobilité est votre contrainte première, la maturité multi-plateforme d'Anytype l'emporte sur tout le reste, et il faudra surveiller Filarr quand son mobile sortira avant de reconsidérer la question.

Conclusion : ce que vous choisissez vraiment

Au terme de cette dissection, la vérité est qu'Anytype et Filarr ne se disputent pas le même utilisateur — ils se ressemblent juste assez pour qu'on s'y trompe. Choisir entre eux, ce n'est pas choisir "le meilleur outil de notes chiffrées", c'est choisir une réponse à une question plus profonde : voulez-vous que vos données soient des objets dans un graphe souverain, ou des fichiers dans un coffre que vous possédez ? Anytype a fait le pari de l'objet, et l'a poussé avec sept ans de travail, près de trente millions de financement, un protocole pair-à-pair réellement open source, et un mobile qui fonctionne. C'est le choix de la puissance relationnelle et de la décentralisation idéologique, pour qui en a l'usage et la patience.

Filarr a fait le pari du fichier, et l'a habillé d'un chiffrement AES-256-GCM par fichier, de profils cryptographiquement étanches, d'une récupération à deux étages plus pardonnante, et d'une sync bon marché qui peut pointer vers votre propre stockage. C'est le choix de la propriété brute et du modèle mental familier, pour qui a des documents réels à protéger et aucune envie de réapprendre ce qu'est un document. C'est un produit plus jeune, sans le mobile mûr ni la communauté d'Anytype, et il ne prétend pas le contraire — mais sur son terrain, celui du coffre de fichiers chiffrés que vous pouvez ouvrir, sauvegarder et migrer sans friction, il fait exactement ce qu'on attend de lui.

Mon conseil final, en tant que personne qui a construit l'un des deux et qui respecte sincèrement l'autre, est de vous méfier de l'idéalisme. Beaucoup de gens choisissent Anytype parce que l'idée du graphe d'objets souverain est séduisante, puis ne modélisent jamais et vivent dans une version compliquée d'un gestionnaire de fichiers — ils auraient été plus heureux avec Filarr. D'autres choisiraient Filarr par peur de la complexité, alors qu'ils pensent réellement en réseaux et se sentiraient bridés. Choisissez l'outil qui correspond à la façon dont vous pensez vraiment, pas à celle dont vous aimeriez penser. Les deux respectent votre vie privée, les deux gardent vos clés entre vos mains, les deux vous laissent partir : sur l'essentiel — votre souveraineté — ils sont du même côté de l'histoire. Le reste est une question d'architecture mentale, et elle n'appartient qu'à vous.

FAQ

Anytype et Filarr sont-ils tous les deux vraiment local-first et chiffrés de bout en bout ? Oui, les deux gardent la copie de référence de vos données sur votre appareil et ne synchronisent que des données chiffrées que leurs serveurs ne peuvent pas déchiffrer. Anytype chiffre objet par objet avec une hiérarchie de clés gouvernée par votre phrase de 12 mots ; Filarr chiffre fichier par fichier en AES-256-GCM avec une FEK wrappée par une clé dérivée de votre mot de passe. Dans les deux cas, l'éditeur n'a pas la capacité technique de lire vos contenus.

Quelle est la différence fondamentale entre les deux ? Le modèle de données. Anytype transforme tout en objets typés et reliés dans un graphe chiffré au format propriétaire, à la manière d'un Notion décentralisé. Filarr garde vos données sous forme de vrais fichiers sur votre disque, chiffrés individuellement, reliés par un graph et augmentés de notes. L'un réinvente ce qu'est un document, l'autre protège le document tel que vous le connaissez.

Lequel choisir si je viens de Notion ? Si ce qui vous plaisait dans Notion, c'était les bases de données, les relations et les vues structurées, Anytype est la continuité naturelle, en privé et chiffré. Si ce qui vous manquait dans Notion, c'était surtout un vrai chiffrement et la possibilité de garder vos fichiers comme des fichiers, Filarr répond plus directement à cette frustration précise.

Que se passe-t-il si je perds mon mot de passe ou ma phrase de récupération ? Chez Anytype, votre phrase de 12 mots est votre unique accès : la perdre signifie perdre votre vault, sans recours ni réinitialisation possible. Chez Filarr, le modèle est à deux étages : vous vous connectez avec un mot de passe, et une phrase de récupération de 24 mots sert de second chemin vers vos données, ce qui pardonne l'oubli de l'un tant que vous gardez l'autre.

Sont-ils open source, et puis-je auto-héberger ? Le protocole de sync d'Anytype (any-sync) est sous licence MIT, réellement open source, et vous pouvez auto-héberger un nœud de backup. Son client desktop est sous une licence maison source-available non commerciale. Filarr publie son client en BSL 1.1 (code visible, usage conditionné) et son infrastructure en AGPL-3.0, et permet d'utiliser votre propre stockage S3 via le BYOS plutôt que le cloud de l'éditeur. Aucun des deux n'est "100 % libre", mais les deux ont un code de chiffrement auditable.

Combien ça coûte vraiment ? Anytype offre un free tier avec 1 Go de stockage cloud chiffré, puis des plans annuels uniquement (Builder à 99 $/an, Co-creator à 299 $/an), sans option mensuelle. Filarr est gratuit en local à vie, avec une sync optionnelle à partir de 4 €/mois pour 10 Go et un palier Pro à 8 €/mois pour 50 Go et appareils illimités, payables au mois. Le moins cher dépend entièrement de votre usage : léger et textuel favorise Anytype, lourd en fichiers favorise Filarr.

Lequel est le meilleur sur mobile ? Anytype, sans ambiguïté. Il propose des applications iOS et Android fonctionnelles, même si elles sont moins puissantes que le desktop. Le mobile de Filarr est encore en cours de développement, donc si votre usage est principalement nomade, Anytype est aujourd'hui le seul des deux à répondre.

Puis-je migrer de l'un à l'autre plus tard ? Oui, mais avec des frictions asymétriques. De Filarr vers Anytype, l'export est trivial car tout est déjà des fichiers, et vous pouvez ensuite les enrichir en objets. D'Anytype vers Filarr, vos fichiers importés ressortent proprement, mais la structure purement relationnelle (objets typés, relations) se perd partiellement en passant par un export Markdown. La règle d'or : commencez par l'outil qui correspond à votre vraie façon de penser, pour n'avoir jamais à migrer.

#anytype#filarr#local-first#encrypted-notes#privacy#knowledge-management#any-sync#byos#aes-256-gcm#notion-alternative