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Notesnook vs Filarr : deux façons opposées de garder vos notes (et vos fichiers) chiffrés

Notesnook vs Filarr : comparatif honnête de deux apps de notes chiffrees. Chiffrement, sync, mobile, prix, licence et cas d'usage pour choisir selon vos besoins.

MB

Mathis Belouar-Pruvot

En bref

Notesnook et Filarr chiffrent tous les deux vos données de bout en bout, mais ils ne résolvent pas le même problème. Notesnook est un excellent gestionnaire de notes chiffrées, l'alternative moderne à Evernote : un éditeur riche, des carnets, des étiquettes, des rappels, et des applications matures sur toutes les plateformes, mobile compris. Filarr est un workspace local-first qui réunit vos notes, vos fichiers réels (51+ formats) et un graph qui relie les deux, avec un chiffrement AES-256-GCM appliqué fichier par fichier directement sur votre disque. Si vous voulez la meilleure expérience de prise de notes pure sur tous vos appareils, Notesnook est difficile à battre. Si vous voulez un coffre unique qui héberge à la fois vos notes et vos documents, chiffrés localement et vraiment à vous, Filarr est conçu pour ça. Le reste de cet article détaille où chacun gagne, honnêtement.

Pourquoi cette comparaison, et pourquoi maintenant

Il y a une catégorie de gens qui ont fait le même trajet ces dernières années. Ils sont partis d'Evernote ou de Notion, ils ont eu ce petit malaise en réalisant que leurs pensées les plus privées vivaient en clair sur les serveurs d'une entreprise, et ils se sont mis à chercher quelque chose de chiffré. C'est un trajet que je connais bien, parce que c'est en partie ce qui m'a poussé à construire Filarr. Et quand on fait cette recherche, deux noms reviennent souvent : Notesnook, qui s'est imposé comme la référence open source de la note chiffrée, et Filarr, plus jeune, qui part d'un angle différent. La question qui se pose alors n'est pas triviale, parce que les deux disent des choses qui se ressemblent en surface : chiffrement de bout en bout, zéro-knowledge, open source, respect de la vie privée. Sur une page d'accueil, on dirait presque le même produit.

Sauf qu'ils ne le sont pas du tout. La ressemblance s'arrête à la promesse de confidentialité. En dessous, ce sont deux philosophies de produit qui divergent dès la première ligne de code. Notesnook a été pensé comme un remplaçant d'Evernote : tout tourne autour de la note, de l'éditeur, de la manière dont on capture et retrouve du texte. Filarr a été pensé comme un gestionnaire de fichiers qui se trouve aussi savoir prendre des notes : tout tourne autour de vos documents réels, ceux qui vivent déjà sur votre disque, et de la façon de les garder chiffrés sans les enfermer dans une base de données propriétaire. Ce sont deux réponses cohérentes, mais à deux questions différentes.

Ce décalage a des conséquences très concrètes, et c'est là que cet article veut être utile. Choisir l'un ou l'autre, ce n'est pas cocher des cases de fonctionnalités. C'est décider quelle forme prend votre vie numérique privée. Est-ce qu'elle tient dans un carnet de notes ultra soigné, ou est-ce qu'elle a besoin d'accueillir vos PDF, vos images, vos contrats, vos exports, à côté de vos notes ? Est-ce que vous vivez sur votre téléphone, ou sur un ordinateur ? Est-ce que la sync est le cœur du produit ou juste une commodité optionnelle ? Ces questions n'ont pas de bonne réponse universelle, elles ont votre réponse. Mon travail ici, c'est de vous donner de quoi la trouver sans marketing.

Un dernier mot avant d'entrer dans le vif. Je construis Filarr, donc j'ai un biais, et je préfère l'annoncer que le cacher derrière un faux ton neutre. Ce que je peux vous promettre, c'est que je ne vais pas maquiller les forces de Notesnook. C'est un très bon produit, plus mature que Filarr sur plusieurs axes qui comptent, et je vais le dire clairement à chaque fois que c'est vrai. Un comparatif où l'auteur gagne sur toute la ligne est un comparatif qu'on n'a pas besoin de lire, parce qu'on sait déjà comment il finit.

L'histoire des deux produits

Notesnook est né dans l'écosystème de Streetwriters, une petite équipe qui voulait construire une alternative à Evernote sans le compromis sur la vie privée. Le produit a grandi comme une application de note chiffrée de bout en bout, avec une obsession pour le zéro-knowledge : rien ne quitte l'appareil sans être chiffré d'abord. Le moment charnière de son histoire, c'est le passage à l'open source, annoncé et déployé en 2022. À partir de là, tout le code des clients (web, desktop, mobile) est devenu inspectable, et l'équipe a publié plus tard un serveur de synchronisation auto-hébergeable, encore en alpha mais bien réel, packagé pour tourner sous Docker avec sa base MongoDB et son stockage Minio. Cette trajectoire raconte quelque chose d'important sur la culture du projet : Notesnook a voulu prouver ses affirmations de confidentialité en ouvrant la boîte, plutôt qu'en demandant qu'on lui fasse confiance. Pour une application dont l'argument central est la sécurité, c'est le bon réflexe, et ça a payé en crédibilité auprès d'une communauté technique exigeante.

Au fil des versions, Notesnook a accumulé exactement le genre de fonctionnalités qu'on attend d'un successeur d'Evernote arrivé à maturité. Un éditeur riche capable de gérer des listes de tâches, des tableaux, des images, des vidéos intégrées, des pièces jointes, et même les formules mathématiques et chimiques. Une organisation en carnets, étiquettes et dossiers. Un historique des versions de note. Une recherche puissante. Des rappels. Des exports en PDF, HTML, Markdown et texte brut. Et surtout, des applications natives sur l'ensemble des plateformes : Windows, macOS, Linux, iOS, Android, et une version web, avec une présence sur F-Droid qui parle directement à la communauté open source. Ce n'est pas un prototype. C'est un logiciel installé, utilisé quotidiennement, avec des années de rodage derrière lui.

Filarr arrive dans ce paysage avec une histoire plus courte et un point de départ différent. Là où Notesnook part de la note, Filarr part du fichier. L'idée fondatrice n'était pas "faisons un meilleur carnet chiffré", mais "pourquoi est-ce que mes documents doivent vivre en clair, éparpillés entre Notion, Google Drive et un dossier local, alors que je pourrais les avoir tous ensemble, chiffrés, à un seul endroit qui m'appartient". De cette idée découle toute l'architecture : un workspace local-first bâti sur Electron et React, disponible sur Windows, macOS et Linux, où chaque fichier est chiffré individuellement sur votre disque en AES-256-GCM, avec sa propre clé. Autour de ce noyau, Filarr ajoute la prise de notes, un graph view qui relie notes et fichiers, et des workspaces multi-profils pour cloisonner plusieurs identités ou plusieurs projets.

Il faut être honnête sur l'âge respectif des deux projets, parce que ça compte. Notesnook a plus de kilométrage, plus d'utilisateurs, une communauté plus large, un écosystème plus rôdé, et une présence mobile aboutie. Filarr est plus jeune, son mobile est encore en cours de développement, et sa communauté se construit. Quand on choisit un outil pour y déposer ses données sur dix ans, la maturité n'est pas un détail cosmétique, c'est un facteur de risque réel qu'il faut peser. Je préfère l'écrire noir sur blanc plutôt que de laisser croire que les deux jouent dans la même cour sur ce terrain-là. Ils ne partent pas du même endroit, et Filarr rattrape.

La fracture philosophique : la note comme objet, le fichier comme objet

La vraie ligne de faille entre ces deux produits n'est pas le chiffrement, c'est la nature de l'objet qu'ils manipulent. Pour Notesnook, l'unité de base est la note. Une note est une entrée dans une base de données, un objet structuré que l'application possède, formate, indexe et chiffre selon ses propres règles. Quand vous écrivez dans Notesnook, vous ne créez pas un fichier sur votre disque que vous pourriez ouvrir avec un autre logiciel : vous créez un enregistrement dans le système de Notesnook, qui vit dans son format et se synchronise via son serveur. C'est un modèle puissant, parce qu'il permet à l'application de faire des choses sophistiquées avec vos notes, comme l'historique fin des versions ou la recherche instantanée dans du contenu chiffré. Mais c'est aussi un modèle qui vous lie à l'application. Vos notes sont à vous, oui, et exportables, mais leur forme native est celle que Notesnook a choisie.

Pour Filarr, l'unité de base est le fichier. Pas une abstraction de fichier, un vrai fichier, celui qui existe déjà sur votre disque ou que vous glissez dedans. Un PDF reste un PDF. Une image reste une image. Une note est un fichier de texte. La différence est philosophique avant d'être technique : Filarr ne cherche pas à posséder vos données, il cherche à les protéger là où elles sont, dans leur forme naturelle, en les chiffrant une par une. C'est pour ça que Filarr revendique le support de plus de 51 formats de fichiers, là où Notesnook, par construction, gère surtout des notes et leurs pièces jointes. Le fichier n'est pas un citoyen de seconde classe qu'on accroche à une note, c'est le citoyen principal.

Prenons un scénario concret pour rendre ça palpable. Imaginez que vous gérez un dossier personnel important : un dossier de location, disons. Vous avez des notes (vos échanges avec le propriétaire, votre budget, votre checklist), mais aussi une dizaine de fichiers : le bail en PDF, des photos de l'état des lieux, un justificatif de revenus scanné, un contrat d'assurance. Dans le modèle Notesnook, les notes vivent naturellement dans l'application, et les fichiers deviennent des pièces jointes accrochées à ces notes, stockées et chiffrées, mais dans la logique de la note. Dans le modèle Filarr, tout ce dossier vit comme un dossier : les notes et les fichiers sont côte à côte, chiffrés individuellement, et le graph peut relier votre note de budget au PDF du bail par un lien explicite. Ce n'est pas mieux dans l'absolu, c'est une manière différente d'habiter ses données. Certaines personnes pensent en notes qui pointent vers des fichiers, d'autres pensent en dossiers de fichiers qui contiennent des notes.

Cette fracture explique presque toutes les autres différences que je vais détailler. La maturité de l'éditeur de Notesnook découle de son obsession pour la note. La gestion de fichiers de Filarr découle de son obsession pour le fichier. Quand vous choisissez, vous ne choisissez pas vraiment entre deux listes de fonctionnalités, vous choisissez à quel modèle mental votre cerveau adhère. Si vous vous êtes déjà énervé parce que votre application de notes traitait mal un PDF, vous êtes probablement un utilisateur Filarr qui s'ignore. Si vous vous êtes déjà énervé parce que votre gestionnaire de fichiers écrivait mal des notes, c'est l'inverse.

À quoi chaque outil sert vraiment

Notesnook sert à capturer, organiser et retrouver du texte, magnifiquement. C'est un outil de pensée écrite. Son éditeur riche gère les listes de tâches, les tableaux, les images intégrées, le Markdown, et jusqu'aux formules mathématiques et chimiques, ce qui en dit long sur son public : des gens qui écrivent beaucoup, souvent techniques, parfois académiques, qui veulent que le contenu soit bien formaté et facilement retrouvable. L'organisation en carnets, étiquettes et dossiers est celle d'un outil de connaissance mûr, et l'historique des versions donne cette tranquillité d'esprit de pouvoir revenir en arrière sur une note qu'on a saccagée par erreur. Si votre activité principale est d'écrire (journal, recherche, documentation, brouillons, prise de notes en réunion), Notesnook est taillé pour vous, et le fait qu'il soit chiffré de bout en bout est la cerise qui vous permet de tout y mettre, y compris ce que vous n'écririez nulle part ailleurs.

Filarr sert à rassembler et protéger votre vie numérique dans son ensemble, notes et fichiers confondus. C'est un espace de travail, pas un carnet. Le cas d'usage central n'est pas "j'écris une note", c'est "j'ai un tas de choses de nature différente qui vont ensemble et je veux qu'elles vivent au même endroit, chiffrées, reliées, à moi". Un freelance qui veut un dossier par client avec les contrats, les livrables, les factures et ses notes de suivi. Un chercheur qui veut ses PDF d'articles à côté de ses fiches de lecture, reliés dans un graph. Quelqu'un de soucieux de sa vie privée qui veut sortir ses documents sensibles du cloud en clair et les garder chiffrés localement. Dans tous ces cas, la note n'est qu'une partie de l'histoire, et l'outil doit traiter le fichier avec le même sérieux que le texte.

Le graph view mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est là que la vision de Filarr devient tangible. Relier des notes entre elles, beaucoup d'applications savent le faire. Relier une note à un fichier réel, et voir cette toile de connexions se dessiner, c'est autre chose. Ça transforme un dossier plat en une carte de votre pensée, où votre note de synthèse pointe vers le PDF source, qui pointe vers l'image que vous avez extraite, qui pointe vers une autre note. Notesnook n'a pas ce modèle, parce qu'il n'a pas cette vision du fichier comme objet de première classe : ce n'est pas un manque dans son domaine, c'est simplement hors de son domaine. Comparer les deux sur ce point serait injuste dans un sens comme dans l'autre.

Il faut aussi reconnaître le revers de la médaille pour Filarr. Un outil qui embrasse large a plus de mal à être parfait sur chaque axe qu'un outil qui se concentre. L'éditeur de notes de Notesnook, poli par des années de retours d'utilisateurs qui ne font que ça, est plus riche que celui de Filarr, dont l'énergie s'est répartie entre notes, fichiers et graph. Si l'écriture pure est 90% de votre usage et le reste anecdotique, la spécialisation de Notesnook est un avantage réel, pas un slogan. Choisir Filarr pour de la note pure serait un peu comme acheter un couteau suisse pour ne se servir que de la lame : ça coupe, mais ce n'est pas ce pour quoi on l'a conçu.

Le chiffrement en profondeur

Maintenant, le cœur technique, parce que c'est là que les deux produits se prennent au sérieux et méritent qu'on le fasse aussi. Notesnook chiffre tout sur l'appareil avec XChaCha20-Poly1305, un chiffrement authentifié moderne, réputé rapide et robuste en implémentation logicielle, et dérive ses clés avec Argon2, le vainqueur de la Password Hashing Competition, spécifiquement conçu pour résister aux attaques par force brute matérielle. La clé est dérivée de votre mot de passe et ne quitte jamais l'appareil. Chaque note, carnet, étiquette et pièce jointe est chiffré localement avant de toucher un serveur. C'est un design zéro-knowledge propre et défendable, et le choix de XChaCha20 plus Argon2 est, il faut le dire, une combinaison très moderne, arguablement plus à la mode que celle de Filarr sur le papier.

Filarr chiffre au niveau du fichier avec AES-256-GCM, un standard éprouvé, et applique une clé par fichier : chaque fichier a sa propre clé de chiffrement (la FEK, File Encryption Key), elle-même enveloppée par une clé maîtresse (la KEK, Key Encryption Key) dérivée de votre mot de passe. La dérivation utilise PBKDF2-SHA512 avec 600 000 itérations, la recommandation OWASP 2024, avec Argon2id disponible en option pour ceux qui veulent une fonction de dérivation résistante à la mémoire. La récupération passe par une phrase de 24 mots au standard BIP-39. Ce modèle de clé par fichier est le pendant technique de la philosophie "le fichier est l'objet" : compromettre une clé de fichier ne donne pas accès aux autres, chaque fichier est un coffre isolé.

Comparons franchement les deux briques cryptographiques, parce que c'est le genre de sujet où le marketing raconte n'importe quoi. XChaCha20-Poly1305 et AES-256-GCM sont tous les deux des chiffrements authentifiés considérés comme sûrs par la communauté cryptographique. XChaCha20 a l'avantage d'un nonce plus large et de bonnes performances sans accélération matérielle, AES-256-GCM a l'avantage d'être omniprésent, ultra-audité, et accéléré par le matériel sur la quasi-totalité des processeurs modernes. Aucun des deux n'est "cassable" en pratique. Sur la dérivation de clé, Argon2 (choix de Notesnook) est théoriquement supérieur à PBKDF2 (défaut de Filarr) face à des attaquants équipés de GPU ou d'ASIC, parce qu'il consomme de la mémoire, pas seulement du temps. C'est un point honnête en faveur de Notesnook, que Filarr atténue en proposant Argon2id en option, mais le défaut PBKDF2 reste PBKDF2. Je ne vais pas prétendre le contraire.

Mais un schéma de chiffrement ne vaut que par ce qu'il protège dans la vraie vie, alors déroulons quelques modèles de menace concrets. Premier cas, le serveur malveillant ou compromis. Vos données de sync sont chez un hébergeur, et cet hébergeur est piraté, ou curieux, ou contraint. Chez Notesnook comme chez Filarr, le résultat est le même et c'est le bon : le serveur ne voit que des blobs chiffrés opaques, sans les clés. Le code de sync de Filarr est explicitement zéro-knowledge, le stockage cloud sur Cloudflare R2 ne contient que du chiffré. Notesnook a la même propriété par design. Sur ce modèle de menace, match nul, et c'est rassurant : c'est le scénario le plus courant, et les deux le couvrent.

Deuxième cas, le laptop volé ou le téléphone perdu. Un voleur a votre appareil en main. Ici, la question devient : est-ce que vos données sont chiffrées au repos, et est-ce qu'il faut votre mot de passe pour les ouvrir. Les deux produits chiffrent au repos, donc sans votre mot de passe, le voleur a des données illisibles. La nuance intéressante est architecturale : chez Filarr, comme les fichiers sont chiffrés individuellement sur le disque, même quelqu'un qui parcourt votre système de fichiers ne voit que des fichiers chiffrés isolés. Chez Notesnook, les données vivent dans le stockage local de l'application, chiffrées également. Dans les deux cas, un mot de passe fort vous protège. Un mot de passe faible vous trahit, quel que soit le produit, ce qui m'amène au troisième cas.

Troisième cas, le mot de passe faible. C'est le talon d'Achille universel du chiffrement dérivé d'un mot de passe. Si votre mot de passe est "soleil123", aucun chiffrement au monde ne vous sauve, parce que l'attaquant ne casse pas l'AES ni le XChaCha20, il devine votre mot de passe et dérive la clé lui-même. C'est précisément là que la fonction de dérivation compte, et c'est le seul endroit où l'avantage d'Argon2 devient concret. Face à un attaquant qui teste des milliards de mots de passe, Argon2 (Notesnook) ralentit chaque essai davantage que PBKDF2 en le forçant à consommer de la mémoire. Filarr rattrape en partie avec ses 600 000 itérations conformes OWASP et son option Argon2id, mais si vous choisissez un mauvais mot de passe, aucun des deux ne fait de miracle. La vraie leçon de ce modèle de menace n'est pas "choisissez le bon produit", c'est "choisissez un bon mot de passe, et activez Argon2id si Filarr vous le propose".

Quatrième cas, la réquisition légale. Une autorité ordonne à l'hébergeur de livrer vos données. Comme le serveur ne détient que du chiffré et pas les clés, il ne peut livrer que du chiffré, chez Notesnook comme chez Filarr. C'est la beauté du zéro-knowledge : l'entreprise ne peut pas trahir ce qu'elle ne connaît pas. La limite, dans les deux cas, c'est que la réquisition peut viser votre appareit à vous, déverrouillé, ou vous contraindre à donner votre mot de passe selon la juridiction. Le chiffrement protège vos données en transit et au repos sur des serveurs tiers, il ne vous protège pas d'une contrainte exercée directement sur vous. Aucun produit honnête ne devrait prétendre le contraire, et ni Notesnook ni Filarr ne le prétendent.

Architecture de synchronisation et multi-appareils

C'est ici que la différence de philosophie redevient très concrète, parce que la sync n'a pas le même statut dans les deux produits. Chez Notesnook, la synchronisation est au cœur de l'expérience. Le modèle est celui d'une application qui vit sur plusieurs appareils et garde un état cohérent entre eux via un serveur, avec une gestion fine des conflits et de l'historique. Vous écrivez sur votre téléphone dans le métro, la note apparaît sur votre desktop en arrivant au bureau, et l'historique des versions vous permet de revenir en arrière. Le serveur de sync est tellement central que Notesnook a fait l'effort de le rendre auto-hébergeable, sous Docker avec MongoDB et Minio, pour ceux qui veulent contrôler toute la chaîne. C'est un vrai atout : vous pouvez faire tourner l'infrastructure entière chez vous, ce que peu de produits chiffrés proposent.

Chez Filarr, la sync est explicitement optionnelle, et cette nuance est fondamentale. Le produit est local-first au sens fort : il fonctionne à 100% hors ligne, sans compte, sans serveur, indéfiniment. Vos fichiers chiffrés vivent sur votre disque, et c'est l'état par défaut, pas un mode dégradé. La synchronisation cloud, quand vous l'activez, ne fait que suivre : elle réplique vos blobs chiffrés vers Cloudflare R2 (ou vers votre propre bucket S3-compatible si vous choisissez le BYOS, Bring Your Own Storage), mais elle n'est jamais le produit. C'est une commodité que vous branchez si vous en avez besoin, pas une dépendance. La formule que j'aime employer, c'est que le cloud "ne fait que suivre" : il n'est jamais la source de vérité, votre disque l'est.

Cette différence a des conséquences pratiques qu'il faut regarder en face. Que se passe-t-il si le serveur tombe en panne ? Chez Filarr, rien, ou presque : comme tout est local d'abord, une panne serveur ne vous empêche pas de travailler, elle met juste la sync en pause. Chez Notesnook, l'application fonctionne aussi hors ligne (le mode offline complet est bien présent, même sur le plan gratuit), donc une panne ne vous bloque pas non plus, mais l'expérience est plus centrée sur le retour de la connexion, parce que la sync est l'épine dorsale. Que se passe-t-il si vous résiliez votre abonnement ? Chez Filarr, vos fichiers restent sur votre disque, en clair pour vous, déchiffrables avec votre mot de passe, parce qu'ils n'ont jamais quitté votre machine dans leur forme utilisable : vous perdez la sync, pas vos données. Chez Notesnook, vos notes restent accessibles localement et exportables, mais le modèle vous a habitué à penser en termes de compte et de sync, donc la sensation de sortie est différente.

Le multi-appareils est aussi l'endroit où Notesnook prend une avance nette, et je vais être clair là-dessus. Notesnook a des applications matures sur mobile, iOS et Android, distribuées y compris via F-Droid. Si vous vivez sur votre téléphone, si vous prenez la plupart de vos notes en déplacement, Notesnook vous offre aujourd'hui une expérience aboutie que Filarr ne peut pas encore égaler, puisque le mobile de Filarr est en cours de développement. C'est probablement le facteur décisif le plus important pour une grande partie des gens, et il penche franchement du côté de Notesnook. Je préfère que vous le sachiez avant d'installer quoi que ce soit plutôt que de le découvrir déçu. Un workspace chiffré magnifique sur desktop ne vous console pas si votre usage réel est à 80% sur mobile.

Récupération et perte d'accès

Le scénario que tout le monde redoute avec le chiffrement zéro-knowledge, c'est l'oubli du mot de passe. Dans un modèle où l'entreprise ne connaît pas vos clés, il n'y a pas de bouton "mot de passe oublié" qui vous renvoie un lien magique, parce que ce bouton serait précisément la porte dérobée que le zéro-knowledge est censé fermer. C'est le prix de la confidentialité réelle : la responsabilité de l'accès repose sur vous, pas sur un service client. Les deux produits vivent avec cette contrainte, et la façon dont ils la gèrent en dit long sur leur soin du détail.

Filarr répond à ce problème avec une phrase de récupération de 24 mots au standard BIP-39, le même standard éprouvé qu'utilisent les portefeuilles de cryptomonnaie pour sécuriser des actifs qui valent parfois des fortunes. L'idée est simple et robuste : à la création de votre coffre, vous obtenez une séquence de 24 mots que vous notez et rangez en lieu sûr, hors ligne de préférence. Si vous oubliez votre mot de passe, cette phrase vous permet de retrouver l'accès. C'est une mécanique éprouvée, universelle, et surtout elle ne dépend d'aucun serveur : la phrase fonctionne même si Filarr disparaissait demain, parce que c'est un standard ouvert. Le revers, évidemment, c'est que si vous perdez à la fois votre mot de passe et votre phrase de 24 mots, personne ne peut vous sauver, et c'est intentionnel.

Notesnook gère la récupération dans son propre cadre, avec les mécanismes qu'une application de note chiffrée mature met en place pour équilibrer sécurité et ergonomie. Sans reprendre des détails que je ne veux pas affirmer à tort, le principe reste le même que pour tout produit zéro-knowledge sérieux : l'accès dépend de secrets que vous seul détenez, et l'entreprise ne peut pas vous rendre l'accès si vous les perdez tous. Ce que je veux souligner, c'est que la nature du problème est identique dans les deux cas, et que la vraie variable, ce n'est pas le produit, c'est votre discipline personnelle de sauvegarde de vos secrets de récupération. Un gestionnaire de mots de passe pour le mot de passe principal, et un endroit physique sûr pour la phrase de récupération, valent tous les mécanismes du monde.

Déroulons un scénario douloureux mais réaliste : la mort du titulaire du compte. Vos proches veulent accéder à vos notes ou à vos documents après votre décès. Dans un modèle zéro-knowledge, cet accès n'est possible que si vous avez préparé le terrain, c'est-à-dire transmis votre mot de passe ou votre phrase de récupération d'une manière ou d'une autre, via un testament numérique, un coffre-fort, une personne de confiance. Ni Notesnook ni Filarr ne peuvent ouvrir vos données à votre place, parce qu'ils ne le peuvent tout simplement pas techniquement. C'est un point à considérer sérieusement si vos données ont une valeur pour vos héritiers : le chiffrement fort est une arme à double tranchant, il protège de vos ennemis mais aussi, sans préparation, de vos proches. La bonne pratique, avec l'un comme avec l'autre, c'est de traiter votre phrase de récupération comme un document de succession.

Le tableau, encadré de contexte

Avant le tableau, une mise en garde. Un comparatif en cases cochées aplatit toujours la réalité, parce qu'il transforme des choix de conception en une compétition où le plus de coches gagne. Ce n'est pas comme ça qu'il faut le lire. Le tableau ci-dessous n'est pas un score, c'est une carte : il vous aide à repérer où chaque produit investit son énergie, pas à couronner un vainqueur. Notesnook coche des cases que Filarr ne coche pas, et l'inverse est vrai, et c'est exactement ce à quoi on s'attend de deux produits qui ne visent pas la même chose.

CritèreNotesnookFilarr
Objet centralLa noteLe fichier (et la note)
ChiffrementXChaCha20-Poly1305AES-256-GCM, clé par fichier
Dérivation de cléArgon2PBKDF2-SHA512 600k, Argon2id optionnel
Zéro-knowledgeOuiOui
Fichiers arbitrairesPièces jointes de notesOui, 51+ formats, objet de 1re classe
Graph notes + fichiersNonOui
Éditeur de notesTrès riche et matureCorrect, plus jeune
MobileiOS et Android maturesEn cours de développement
DesktopWindows, macOS, LinuxWindows, macOS, Linux
SyncCœur du produit, serveur auto-hébergeableOptionnelle, cloud R2 ou BYOS S3
Local-first / offlineMode offline complet100% offline par défaut
RécupérationMécanismes propresPhrase 24 mots BIP-39
Multi-profils / workspacesOrganisation en carnetsWorkspaces multi-profils
Plan gratuitOui, limitéGratuit pour toujours en local
Licence clientsGPL-3.0BSL 1.1
Licence serveurAGPLv3 (auto-hébergeable)Sync propriétaire, site AGPL-3.0

Ce qui saute aux yeux quand on regarde ce tableau avec du recul, c'est qu'il n'y a presque aucune ligne où les deux se battent sur le même terrain. Là où Notesnook met de la richesse (éditeur, mobile, historique), Filarr met de l'étendue (fichiers, graph, workspaces). Là où Notesnook fait de la sync son épine dorsale auto-hébergeable, Filarr en fait une option greffée sur un socle local. Les deux sont zéro-knowledge, les deux chiffrent sérieusement, les deux sont ouverts d'une façon ou d'une autre. Le tableau ne dit pas "lequel est meilleur", il dit "lequel vous ressemble".

Là où Notesnook gagne vraiment

Commençons par les forces de Notesnook, parce qu'elles sont réelles et nombreuses. La première, et la plus décisive pour beaucoup, c'est le mobile. Notesnook a des applications iOS et Android matures, rodées, disponibles jusque sur F-Droid pour les puristes de l'open source. Si votre vie de prise de notes se passe majoritairement sur votre téléphone, c'est presque une fin de non-recevoir pour toute alternative dont le mobile n'est pas au point, et le mobile de Filarr est encore en chantier. Ce n'est pas un détail qu'on peut relativiser avec de beaux arguments d'architecture : si vous ne pouvez pas capturer une idée dans le bus avec un outil que vous aimez, l'outil a échoué à son travail le plus élémentaire. Sur ce point, Notesnook est devant, nettement.

La deuxième force, c'est la maturité de l'éditeur et de l'expérience de note pure. Des années d'itération sur un seul objet, la note, ont produit un éditeur riche qui gère avec aisance les listes de tâches, les tableaux, les images, le Markdown, et même les formules mathématiques et chimiques pour un public plus académique. L'historique des versions de note, la recherche puissante dans du contenu chiffré, l'organisation en carnets et étiquettes : tout ça respire le produit qui a eu le temps de bien faire son métier de base. Filarr, en répartissant son énergie sur les fichiers, le graph et les notes, ne peut pas offrir la même profondeur sur le seul terrain de l'écriture. Si écrire est l'essentiel de ce que vous faites, cette spécialisation compte énormément.

La troisième force, c'est la profondeur de l'ouverture et la souveraineté qu'elle permet. Notesnook est open source côté clients sous GPL-3.0, et propose un serveur de synchronisation auto-hébergeable sous AGPLv3, packagé pour Docker. Cela veut dire que vous pouvez, si vous en avez la compétence et l'envie, faire tourner absolument toute l'infrastructure chez vous, du client au serveur, sans dépendre de qui que ce soit. Pour un self-hoster convaincu, c'est un argument massif, le genre de contrôle total que très peu de produits chiffrés offrent réellement. Filarr propose le BYOS pour le stockage, ce qui est déjà bien, mais l'auto-hébergement complet de la chaîne de sync n'est pas au même niveau d'ouverture que le serveur Notesnook.

La quatrième force, c'est la maturité globale et la communauté. Notesnook existe depuis plus longtemps, a plus d'utilisateurs, une base plus large de retours, un écosystème plus rôdé. Quand on confie ses données à un outil, cette maturité est une forme d'assurance : plus d'yeux sur le code, plus de bugs déjà trouvés et corrigés, plus de longévité prouvée. Filarr est plus jeune, et la jeunesse est un risque, même quand la vision est solide. Enfin, cinquième point, le plan gratuit de Notesnook, bien que limité en stockage et taille de fichier, inclut le mode offline complet et l'accès à toutes les fonctions d'export, ce qui en fait un point d'entrée sérieux et non un simple teaser.

Là où Filarr gagne vraiment

Maintenant Filarr, et là aussi les forces sont concrètes. La première, la plus structurante, c'est que Filarr gère vos vrais fichiers, pas seulement des notes avec des pièces jointes. Plus de 51 formats de fichiers, traités comme des objets de première classe, chiffrés individuellement, vivant côte à côte avec vos notes dans un même workspace. Si votre vie numérique ne tient pas dans du texte, si elle est faite de PDF, d'images, de documents, de scans, d'exports, alors Filarr résout un problème que Notesnook ne cherche même pas à résoudre. Un dossier client complet, un dossier administratif, une bibliothèque de recherche : ce sont des cas où le fichier est roi, et Filarr est le seul des deux à le couronner.

La deuxième force, c'est le graph qui relie notes et fichiers. Voir sa pensée comme une carte où une note de synthèse pointe vers son PDF source, qui pointe vers l'image extraite, qui pointe vers une autre note, c'est une manière d'habiter ses données que Notesnook n'offre pas, faute d'avoir le fichier comme objet central. Ce n'est pas du gadget : pour quelqu'un qui construit une base de connaissance mêlant écrits et documents, cette toile de liens transforme un tas plat en une structure navigable. C'est la matérialisation visuelle de l'idée fondatrice de Filarr, que notes et fichiers appartiennent au même espace.

La troisième force, c'est le local-first au sens fort, et la clé par fichier qui va avec. Filarr fonctionne à 100% hors ligne, sans compte, indéfiniment, et vos fichiers vivent chiffrés sur votre propre disque, chacun avec sa propre clé isolée. La sync cloud est une option qui "ne fait que suivre", jamais une dépendance. Cela veut dire que votre outil ne meurt pas si le service disparaît, que vous ne payez pas pour exister, et que la résiliation ne vous prend pas vos données. Notesnook a un excellent mode offline, mais son centre de gravité reste le serveur et la sync ; celui de Filarr est votre disque, et c'est une différence de posture qui rassure quand on pense à long terme.

La quatrième force, ce sont les workspaces multi-profils, qui permettent de cloisonner proprement plusieurs identités ou plusieurs contextes : le pro et le perso, un client et un autre, un projet sensible isolé du reste. Combiné au chiffrement par fichier, ça donne une granularité de cloisonnement que l'organisation en carnets ne reproduit pas tout à fait. Cinquième point, le modèle économique et de propriété : Filarr est gratuit pour toujours en local, sans limite de stockage sur votre propre disque, avec une sync optionnelle à partir de 4 euros par mois. Les clients desktop sont open source sous BSL 1.1. La combinaison "gratuit à vie en local, vos fichiers, vos clés, chiffrés sur votre machine" est une proposition de valeur difficile à battre pour qui veut vraiment posséder ses données plutôt que les louer.

Migration concrète, dans un sens comme dans l'autre

Parlons franchement de ce que ça implique de passer de l'un à l'autre, parce que la friction de migration est souvent le vrai frein, bien plus que les fonctionnalités. Passer de Notesnook vers Filarr commence par un export. Notesnook permet d'exporter vos notes en Markdown, HTML, PDF ou texte brut, ce qui est une bonne nouvelle : le Markdown en particulier est un format ouvert que Filarr, centré sur les fichiers, accueille naturellement comme des fichiers de notes à part entière. Vous exportez vos carnets en Markdown, vous les déposez dans un workspace Filarr, et vos notes redeviennent des fichiers chiffrés que vous pouvez organiser en dossiers et relier dans le graph. La friction principale, c'est que la structure fine de Notesnook (étiquettes, rappels, historique des versions) ne se transporte pas telle quelle : vous récupérez le contenu, pas forcément toute la mécanique d'organisation propriétaire. C'est le prix habituel de la sortie d'un modèle base-de-données vers un modèle fichiers.

Dans l'autre sens, de Filarr vers Notesnook, la migration a une texture différente. Vos notes Filarr, étant des fichiers, notamment en Markdown, s'importent bien dans Notesnook, qui sait ingérer ce format. En revanche, tout ce qui fait la spécificité de Filarr ne se transpose pas : vos fichiers arbitraires (PDF, images, documents) n'ont pas de place naturelle en tant qu'objets de première classe dans Notesnook, ils redeviendraient au mieux des pièces jointes accrochées à des notes, et le graph reliant notes et fichiers n'a pas d'équivalent. Autrement dit, si vous n'utilisiez Filarr que pour des notes, la migration vers Notesnook est fluide ; si vous l'utilisiez comme workspace de fichiers, vous perdez la moitié de ce qui vous y avait attiré. Ce n'est pas une critique de Notesnook, c'est simplement que vous quittez un modèle plus large pour un modèle plus focalisé.

La leçon pratique de cette section, c'est qu'il faut choisir en pensant à la sortie autant qu'à l'entrée, parce que le meilleur moment pour évaluer la facilité de départ, c'est avant d'arriver. Les deux produits ont le bon réflexe fondamental : ils exportent en formats ouverts, et notamment en Markdown, ce qui veut dire que vos écrits ne sont jamais totalement prisonniers. C'est un point que je tiens à souligner en faveur des deux, parce qu'il y a beaucoup d'applications de notes qui ne peuvent pas en dire autant. Que vous choisissiez Notesnook ou Filarr, vous pourrez toujours récupérer votre contenu textuel dans un format universel. La vraie question de migration n'est donc pas "est-ce que je pourrai partir", mais "combien de la structure et des fichiers non-textuels vais-je pouvoir emporter", et là, l'avantage va à qui gère le plus large, c'est-à-dire Filarr, mais seulement si vous aviez ce besoin large au départ.

Le prix décortiqué, avec des scénarios chiffrés

Le prix mérite qu'on le regarde en euros réels et par cas d'usage, parce que les grilles tarifaires sont conçues pour être difficiles à comparer. Du côté de Notesnook, il existe un plan gratuit bien réel, mais borné : de l'ordre de 50 Mo de stockage par mois et 10 Mo par fichier, avec des limites sur le nombre de carnets, d'étiquettes, de rappels et de versions de note, mais incluant le mode offline complet et tous les formats d'export. Au-dessus, le plan Essential tourne autour de 2,18 euros par mois en mensuel, ou 1,83 euro par mois en annuel (environ 21,99 euros par an), avec 1 Go de stockage et 100 Mo par fichier. Le plan Pro est aux alentours de 7,69 euros par mois (6,42 euros en annuel) avec 10 Go et 1 Go par fichier, et un plan Believer plus haut encore vers 9,89 euros par mois avec 25 Go. Toutes les offres payantes fonctionnent sur un nombre illimité d'appareils, avec une garantie de remboursement de 14 jours.

Du côté de Filarr, la structure est plus simple à énoncer : gratuit pour toujours en local, sans limite de stockage puisque c'est votre disque, et sync cloud à partir de 4 euros par mois. La différence de modèle est aussi importante que la différence de chiffres. Chez Notesnook, ce que vous payez, c'est essentiellement du stockage cloud chiffré et des quotas de fonctionnalités : plus vous montez en gamme, plus vous avez de gigaoctets et de taille de fichier. Chez Filarr, ce que vous payez, c'est la commodité de la sync, parce que le stockage local est déjà gratuit et illimité par nature. Ce sont deux façons de faire payer qui reflètent les deux philosophies : Notesnook facture l'espace sur son serveur, Filarr facture le pont optionnel vers le sien.

Déroulons trois scénarios. Scénario un, l'utilisateur mobile léger qui ne prend que des notes textuelles et veut la sync sur son téléphone. Chez Notesnook, le plan Essential à environ 1,83 euro par mois en annuel suffit largement, et l'expérience mobile est mature : c'est le meilleur choix, franchement, et le moins cher. Chez Filarr, il faudrait 4 euros par mois pour la sync, et le mobile n'est pas encore prêt : ce scénario penche clairement vers Notesnook, à la fois sur le prix et sur l'usage. Je ne vais pas prétendre l'inverse pour vendre Filarr.

Scénario deux, le freelance qui gère des dossiers clients mêlant notes et fichiers lourds (contrats PDF, maquettes, livrables) sur son ordinateur, et veut tout chiffré au même endroit. Chez Filarr, c'est le cas d'usage natif : gratuit en local sans limite de taille pour ses fichiers, et 4 euros par mois s'il veut synchroniser entre son fixe et son portable. Chez Notesnook, les fichiers lourds se heurtent vite aux quotas (100 Mo par fichier en Essential, 1 Go en Pro), et il faudrait probablement monter au plan Pro à 6,42 euros par mois, tout en composant avec le fait que les fichiers ne sont que des pièces jointes. Ici, Filarr est à la fois moins cher et mieux adapté. Scénario trois, le puriste de la vie privée qui veut le zéro cloud absolu, tout en local. Chez Filarr, c'est gratuit pour toujours, point final, vos fichiers sur votre disque, vos clés. Chez Notesnook, le mode offline complet est disponible même en gratuit, donc c'est faisable aussi, mais le produit reste conçu autour de la sync, alors que Filarr est conçu autour du local.

Open source et licence : ce que ça change pour vous

La question de la licence est souvent traitée comme un détail de juriste, alors qu'elle a des conséquences très concrètes sur ce que vous pouvez faire, et sur la pérennité de votre choix. Notesnook publie ses clients sous GPL-3.0, une licence libre classique et forte, et son serveur de synchronisation sous AGPLv3, la variante pensée pour les logiciels réseau qui empêche quelqu'un de prendre le code, de l'exploiter comme service et de garder ses modifications fermées. Cette combinaison est cohérente et généreuse : elle vous garantit que le code des applications est inspectable et modifiable, et que le serveur, si vous l'auto-hébergez, le restera aussi pour la communauté. Pour un utilisateur soucieux de souveraineté, c'est un signal fort de bonne foi, et un filet de sécurité : même si l'entreprise changeait de cap, le code libre existerait toujours.

Filarr fait un choix de licence différent, qu'il faut présenter avec précision pour ne pas induire en erreur. Les clients desktop de Filarr sont open source sous BSL 1.1, la Business Source License. La BSL n'est pas exactement une licence libre au sens de la GPL : c'est une licence "source-available" qui rend le code visible et utilisable, avec certaines restrictions commerciales qui, typiquement, tombent après un délai pour se transformer en licence ouverte classique. En clair, vous pouvez lire le code, comprendre exactement ce que fait le chiffrement, vérifier les affirmations de sécurité, mais l'usage commercial concurrent est encadré pendant une période. Il faut aussi distinguer, et c'est un point que je tiens à ne pas mélanger, la licence des clients (BSL 1.1) de celle du site web de Filarr, qui est sous AGPL-3.0. Ce sont deux dépôts et deux licences distinctes.

Qu'est-ce que ça change pour vous, concrètement ? Sur le critère "puis-je vérifier que le chiffrement fait ce qu'il prétend", les deux produits vous laissent regarder sous le capot, ce qui est l'essentiel pour un outil de sécurité : la source est disponible dans les deux cas. Sur le critère "puis-je auto-héberger toute la chaîne et être totalement indépendant", Notesnook va plus loin, avec un serveur pleinement libre et auto-hébergeable, là où Filarr propose surtout le BYOS pour le stockage. Sur le critère "le code restera-t-il ouvert quoi qu'il arrive", la GPL/AGPL de Notesnook offre une garantie plus forte et plus immédiate que la BSL de Filarr, qui est plus protectrice pour l'éditeur. Aucune de ces approches n'est malhonnête, elles reflètent des équilibres différents entre ouverture et viabilité commerciale, et vous devez choisir selon ce qui compte le plus pour vous. Si l'auto-hébergement intégral et la pureté du libre sont non négociables, Notesnook a l'avantage. Si la transparence du code de chiffrement vous suffit et que le reste vous importe moins, les deux conviennent.

Quatre profils, quatre recommandations

Assez de nuances générales, passons aux personnes réelles, parce que c'est là que le choix devient évident. Premier profil : vous vivez sur votre téléphone, vous prenez des notes en réunion, en déplacement, au lit, et vous voulez que ce soit beau, chiffré, et synchronisé partout sans y penser. Choisissez Notesnook, sans hésiter. Son mobile mature, son éditeur riche, sa sync centrale et son plan Essential très abordable en font le meilleur outil pour vous aujourd'hui, et Filarr, dont le mobile est encore en chantier, ne peut pas vous servir aussi bien sur ce terrain précis. Ne vous laissez pas séduire par de beaux arguments d'architecture si votre usage réel est mobile d'abord : l'outil qui est là où vous êtes gagne.

Deuxième profil : vous êtes freelance ou indépendant, vous jonglez avec des dossiers qui mélangent notes de suivi, contrats en PDF, livrables lourds, factures, et vous rêvez d'un seul endroit chiffré pour tout ça, sur votre ordinateur. Choisissez Filarr. C'est littéralement le cas d'usage pour lequel il a été conçu : le fichier comme objet de première classe, 51+ formats, chiffrement par fichier, workspaces multi-profils pour séparer vos clients, graph pour relier une note de brief au fichier de rendu. Notesnook traiterait vos fichiers lourds comme des pièces jointes contraintes par des quotas, ce qui frotterait tous les jours contre votre façon de travailler. Ici, l'étendue de Filarr n'est pas un luxe, c'est la fonction principale.

Troisième profil : vous êtes un self-hoster convaincu, vous faites déjà tourner votre propre infrastructure, vous voulez le contrôle total de la chaîne, du client au serveur, sans dépendre d'un tiers pour quoi que ce soit. Penchez vers Notesnook. Son serveur de synchronisation auto-hébergeable sous AGPLv3, packagé pour Docker, vous donne exactement ce niveau de souveraineté, et la licence libre de ses clients complète le tableau. Filarr vous offre le BYOS pour pointer la sync vers votre propre bucket S3, ce qui est appréciable, mais l'auto-hébergement complet de la sync n'est pas au même niveau d'ouverture. Si votre religion, c'est de tout héberger vous-même, Notesnook parle davantage votre langue.

Quatrième profil : vous êtes le puriste du local-first et de la propriété des données, vous voulez que vos fichiers vivent chiffrés sur votre disque, à vous, sans compte obligatoire, sans dépendance à un service qui pourrait disparaître, avec la sync comme option et non comme dogme. Choisissez Filarr. Le local-first au sens fort est sa raison d'être : 100% offline par défaut, gratuit pour toujours en local, clé par fichier, phrase de récupération BIP-39, cloud qui "ne fait que suivre". Notesnook respecte votre vie privée et offre un excellent mode offline, mais son centre de gravité reste le serveur, alors que celui de Filarr est votre machine. Pour qui veut vraiment posséder plutôt que louer, cette différence de posture est décisive.

Conclusion : deux bons outils, une seule bonne question

Au terme de cette comparaison, ma conviction est simple : Notesnook et Filarr sont tous les deux d'excellents outils, et le mauvais choix, ce serait de les juger sur le même barème. Notesnook est le meilleur gestionnaire de notes chiffrées open source pour qui veut avant tout écrire, sur tous ses appareils, avec un éditeur mûr, un mobile abouti, une sync robuste et auto-hébergeable, et une licence pleinement libre. Si votre vie numérique privée tient dans un carnet de notes soigné, il est difficile de faire mieux, et je le dis sans réserve en tant que personne qui construit un produit concurrent. Un bon outil reste un bon outil, même quand ce n'est pas le mien.

Filarr est le meilleur choix pour qui pense en fichiers autant qu'en notes, pour qui veut un workspace local-first unique où documents et écrits vivent ensemble, chiffrés fichier par fichier sur son propre disque, reliés par un graph, cloisonnés en profils, avec une sync optionnelle et un socle gratuit à vie. Là où Notesnook excelle en profondeur sur un objet, la note, Filarr excelle en étendue sur deux objets, la note et le fichier, avec le fichier comme citoyen de plein droit. Ses faiblesses sont réelles et je les assume : plus jeune, mobile en cours, PBKDF2 par défaut là où Notesnook mise sur Argon2, communauté à construire. Mais sa proposition, tes fichiers, tes clés, chiffrés localement et vraiment à toi, répond à un besoin que Notesnook ne vise pas.

Alors ne demandez pas "lequel est le meilleur", parce que la question n'a pas de réponse. Demandez plutôt : est-ce que je pense en notes, ou en fichiers ? Est-ce que je vis sur mon téléphone, ou sur mon ordinateur ? Est-ce que la sync est mon oxygène, ou une commodité optionnelle ? Est-ce que je veux le meilleur carnet chiffré du monde, ou un coffre unique pour toute ma vie numérique ? Répondez à ça honnêtement, et le bon outil se désignera de lui-même. Les deux protègent vos données avec sérieux. Le seul mauvais choix, c'est de continuer à laisser vos notes et vos fichiers les plus intimes en clair sur les serveurs de quelqu'un d'autre. À partir de là, que vous choisissiez Notesnook ou Filarr, vous avez déjà gagné l'essentiel.

FAQ

Notesnook et Filarr sont-ils tous les deux zéro-knowledge ? Oui. Les deux chiffrent vos données sur votre appareil avant qu'elles n'atteignent un serveur, et dans les deux cas le serveur ne détient que des données chiffrées opaques, pas les clés. Notesnook chiffre avec XChaCha20-Poly1305 et dérive les clés avec Argon2 ; Filarr chiffre avec AES-256-GCM, une clé par fichier, et dérive avec PBKDF2-SHA512 600k (Argon2id en option). Sur ce point de fond, la vie privée, ils sont à égalité de sérieux.

Quelle est la vraie différence entre les deux ? Notesnook est un gestionnaire de notes chiffrées, l'objet central est la note. Filarr est un workspace local-first où l'objet central est le fichier, avec les notes en plus. Notesnook gère surtout du texte et ses pièces jointes ; Filarr gère plus de 51 formats de fichiers comme des objets de première classe, plus un graph reliant notes et fichiers. C'est une différence de philosophie, pas seulement de fonctionnalités.

Lequel choisir si j'utilise surtout mon téléphone ? Notesnook, clairement. Il a des applications iOS et Android matures, disponibles jusque sur F-Droid, tandis que le mobile de Filarr est encore en développement. Pour un usage mobile d'abord, Notesnook offre aujourd'hui une expérience que Filarr ne peut pas encore égaler.

Lequel choisir si j'ai beaucoup de fichiers lourds à gérer ? Filarr. Il traite les fichiers arbitraires comme des citoyens de première classe, sans les enfermer en pièces jointes de notes, et le stockage local est gratuit et illimité par nature puisque c'est votre disque. Notesnook impose des quotas de taille de fichier selon le plan (100 Mo en Essential, 1 Go en Pro), ce qui frotte vite quand on manipule des PDF ou des documents lourds.

Que se passe-t-il si j'oublie mon mot de passe ? Dans les deux cas, il n'y a pas de bouton magique de réinitialisation, parce que ce serait une porte dérobée contraire au zéro-knowledge. Filarr fournit une phrase de récupération de 24 mots au standard BIP-39 à conserver hors ligne. Notesnook a ses propres mécanismes de récupération. Dans tous les cas, si vous perdez à la fois votre mot de passe et vos secrets de récupération, personne ne peut restaurer l'accès, et c'est intentionnel.

Peut-on auto-héberger la synchronisation ? Notesnook propose un serveur de synchronisation auto-hébergeable sous AGPLv3, packagé pour Docker avec MongoDB et Minio, encore en alpha mais fonctionnel : vous pouvez faire tourner toute la chaîne chez vous. Filarr propose le BYOS, c'est-à-dire pointer la sync vers votre propre bucket S3-compatible, mais l'auto-hébergement complet de la sync n'est pas au même niveau d'ouverture. Pour la souveraineté totale, Notesnook va plus loin sur ce point précis.

Le chiffrement de Notesnook est-il meilleur que celui de Filarr ? Aucun des deux n'est cassable en pratique. XChaCha20-Poly1305 et AES-256-GCM sont deux chiffrements authentifiés sûrs. La nuance honnête est sur la dérivation de clé : Argon2 (Notesnook) résiste mieux aux attaques par force brute matérielle que PBKDF2 (défaut de Filarr), parce qu'il consomme de la mémoire. Filarr atténue cela en proposant Argon2id en option. Dans les deux cas, un mot de passe fort reste votre meilleure protection.

Mes données sont-elles prisonnières de l'application ? Non, dans les deux cas votre contenu textuel est exportable en formats ouverts, notamment en Markdown, ce qui facilite la migration. La différence est que Filarr, centré sur les fichiers, garde vos documents dans leur forme native sur votre disque, tandis que Notesnook stocke les notes dans son propre format mais permet de les exporter. Vos écrits ne sont jamais totalement enfermés chez l'un comme chez l'autre.

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