Organiser tes notes et tes fichiers ensemble grâce au graphe : le guide pratique Filarr
Relie tes notes, fichiers et dossiers dans un même graphe avec Filarr : syntaxe des wiki-links, clusters, heat map et workflow projet concret, le tout chiffré en local.
Mathis Belouar-Pruvot
Quick Answer. Pour relier notes et fichiers dans un même graphe avec Filarr, écris des wiki-links dans tes notes :
[[Nom d'une note]]pour pointer vers une autre note,[[file:facture.pdf]]vers un fichier,[[folder:Projets]]vers un dossier. Ouvre ensuite la vue Graph : chaque note, fichier et dossier devient un nœud, et chaque lien devient une arête. Tu obtiens une carte visuelle où tes documents ne sont plus rangés dans des dossiers isolés mais reliés par le sens. Tout reste chiffré en local sur ta machine.
Le vrai problème : tes fichiers et tes notes vivent dans deux mondes séparés
Tu écris une note de réunion dans une app. Le compte-rendu PDF, le devis, la capture d'écran du contrat, eux, dorment dans un dossier de téléchargements ou sur un Drive. Trois semaines plus tard, tu retrouves la note mais plus le fichier. Ou l'inverse. La connaissance existe, mais elle est coupée en deux : le texte d'un côté, les documents de l'autre.
Les arborescences de dossiers n'aident pas vraiment. Un fichier ne peut vivre que dans un seul dossier, alors qu'en réalité il concerne souvent plusieurs projets, plusieurs personnes, plusieurs idées à la fois. Une facture, c'est à la fois "comptabilité", "client Dupont" et "trimestre 3". Le dossier te force à choisir un seul tiroir, et tu perds les autres chemins d'accès.
Le graphe résout ça. Au lieu de ranger, tu relies. Ce guide t'explique, étape par étape, comment relier tes notes et tes fichiers dans Filarr pour construire une carte de ta connaissance où tout se retrouve en deux clics. Il s'adresse à toute personne qui jongle avec beaucoup de documents et de notes (dev, freelance, étudiant, knowledge worker) et qui en a assez de chercher. Si tu veux d'abord la vision d'ensemble de ce mode de travail, l'article sur le second cerveau qui réunit notes, fichiers et graphe pose le décor ; ce guide-ci, lui, est le mode d'emploi concret.
Étape 1 : comprendre ce que le graphe montre vraiment
Avant de créer quoi que ce soit, il faut savoir ce que tu vas voir. Dans Filarr, le graphe n'est pas une carte de tes dossiers. C'est une carte de tes liens réels. Trois types de nœuds cohabitent :
- Les notes, affichées en cercles bleus marqués d'un "N".
- Les fichiers, affichés en carrés verts marqués d'un "F".
- Les dossiers, affichés en hexagones jaunes marqués d'un "D".
Un nœud n'apparaît dans le graphe que s'il est relié à autre chose. Filarr ne crée aucun lien artificiel : il n'y a pas d'auto-linking automatique par dossier. Seuls les liens que tu écris toi-même comptent. C'est un choix assumé (visible dans le code), car un graphe rempli de connexions bidon ne t'apprend rien. Tu vois la structure que tu as vraiment construite, pas une illusion.
La taille de chaque nœud dépend de son nombre de connexions, avec une échelle logarithmique : une note isolée reste un petit point de 6 pixels, une note-carrefour reliée à des dizaines d'autres grossit jusqu'à devenir un gros disque. En un coup d'œil, tu repères tes points d'ancrage : les documents autour desquels toute ton activité gravite.
Étape 2 : créer les liens dans tes notes
Le graphe se nourrit des wiki-links que tu écris dans le corps de tes notes. La syntaxe utilise les doubles crochets, exactement comme dans Obsidian, mais avec un ajout décisif : tu peux pointer vers des fichiers et des dossiers, pas seulement vers d'autres notes.
Voici les trois formes que Filarr reconnaît réellement :
- Relier une note à une autre note. Écris
[[Réunion kickoff]]. Filarr cherche une note dont le titre est "Réunion kickoff" (la casse n'a pas d'importance) et crée le lien. Dès que la note existe, l'arête apparaît dans le graphe. - Relier une note à un fichier. Écris
[[file:contrat-signe.pdf]]. Le préfixefile:indique à Filarr de chercher un fichier de ton coffre portant ce nom. C'est là que la magie opère : ta note de réunion et le PDF du contrat deviennent voisins dans le graphe. - Relier une note à un dossier. Écris
[[folder:Client Dupont]]. Le préfixefolder:pointe vers un dossier entier, pratique pour rattacher une note à une zone de ton espace.
Deux variantes utiles complètent le tout. Tu peux donner un texte d'affichage différent du nom réel avec la barre verticale : [[file:facture-2026-Q3-dupont.pdf|la facture du trimestre]] affiche "la facture du trimestre" tout en pointant vers le bon fichier. Et tu peux incorporer un contenu au lieu de simplement le lier en préfixant d'un point d'exclamation : ![[Checklist onboarding]].
La règle à retenir : le lien se résout par le nom. Si tu renommes une note ou un fichier, pense à ce que tes liens pointent toujours vers le bon nom. C'est simple, lisible, et ça reste du texte brut dans ta note, donc rien ne casse si tu exportes.
Étape 3 : ouvrir la vue Graph et t'y déplacer
Une fois que quelques liens existent, ouvre la vue Graph depuis la section Notes. Si tu n'as encore rien relié, Filarr affiche un écran d'accueil qui te rappelle la syntaxe ([[note name]], [[file:document.pdf]], [[folder:Projects]]). C'est le signal qu'il faut retourner écrire quelques liens avant que la carte prenne vie.
La navigation est celle qu'on attend d'un graphe interactif :
- Molette pour zoomer et dézoomer, centré sur ta souris.
- Clic-glisser sur le fond pour déplacer toute la carte (pan).
- Clic-glisser sur un nœud pour le repositionner. Filarr épingle le nœud là où tu le lâches, comme Obsidian, et mémorise sa position pour la prochaine ouverture. Tu peux donc arranger ta carte à la main et la retrouver telle quelle.
- Les boutons + / - / R en haut permettent de zoomer et de recadrer toute la carte dans l'écran d'un clic (le "R" pour Reset).
Cliquer sur un nœud t'emmène directement à son contenu : un clic sur une note l'ouvre dans l'éditeur, un clic sur un fichier te dépose dans le dossier qui le contient, un clic sur un dossier l'ouvre. Le graphe n'est donc pas qu'une jolie image : c'est un véritable outil de navigation dans ton espace de travail.
Étape 4 : lire la structure grâce aux clusters
Quand ta carte grossit, l'œil se perd. Filarr t'aide avec la détection de clusters (activée par défaut, l'icône en forme de cercles reliés dans la barre d'outils). L'algorithme, une version simplifiée de la méthode de Louvain utilisée en analyse de réseaux, regroupe automatiquement les nœuds qui sont plus densément reliés entre eux qu'avec le reste. Chaque cluster reçoit sa propre couleur, et une légende t'indique combien de communautés ont été détectées.
Concrètement, tes projets, tes domaines de connaissance ou tes clients émergent tout seuls comme des taches de couleur distinctes. Tu n'as rien classé manuellement : la structure apparaît parce qu'elle existe dans tes liens. C'est souvent le moment où tu découvres des choses sur ta propre organisation, par exemple deux sujets que tu croyais séparés et qui sont en fait fortement connectés.
En bas, un compteur t'affiche en permanence le nombre de nœuds, de connexions et de clusters. Un bon indicateur de la santé de ton second cerveau : beaucoup de nœuds mais peu de connexions signale des notes orphelines à relier.
Étape 5 : la heat map et le voyage dans le temps
Deux modes d'affichage supplémentaires transforment le graphe en tableau de bord.
Le mode Heat map (icône goutte) colore les nœuds selon leur fraîcheur. Ce qui a été modifié aujourd'hui vire au rouge, ce qui date de la semaine passe à l'orange, et ce qui n'a pas bougé depuis plus d'un mois refroidit vers le bleu. En un regard, tu vois où se concentre ton activité récente et quelles zones de connaissance tu as laissées dormir. Parfait pour retrouver "ce truc sur lequel je bossais la semaine dernière".
Le mode Time travel (icône horloge) ajoute un curseur qui rejoue l'histoire de ton graphe. En glissant vers le passé, tu masques les notes créées après une date donnée et tu vois à quoi ressemblait ta carte à ce moment-là. C'est étonnamment utile pour comprendre comment un projet s'est construit dans le temps, ou pour te resituer dans un contexte ancien.
Enfin, une barre de filtre (déplaçable, tu peux la glisser où tu veux à l'écran) te laisse taper quelques lettres pour ne garder que les nœuds dont le nom correspond. Sur un gros graphe, c'est le moyen le plus rapide d'isoler un sujet.
Étape 6 : créer des liens directement depuis le graphe
Tu n'es pas obligé de repasser par l'éditeur pour tisser des liens. Depuis la vue Graph, maintiens Shift et clique sur une première note, puis Shift+clique sur une seconde : Filarr écrit automatiquement le wiki-link [[Titre de la seconde note]] à la fin de la première, et l'arête apparaît aussitôt. Une barre de statut te guide pendant l'opération, et la touche Échap annule si tu changes d'avis. Si le lien existe déjà, Filarr te le signale au lieu de le dupliquer.
C'est le geste idéal pour les séances de "mise en ordre" : tu ouvres le graphe, tu repères deux idées qui devraient se parler, et tu les relies sans quitter la carte.
Un workflow concret : organiser un projet de bout en bout
Mettons tout ça en pratique avec un exemple. Tu démarres un projet "Refonte site client".
D'abord, tu crées une note pivot intitulée "Refonte site client" qui servira de page d'accueil du projet. Dedans, tu listes les grandes étapes et tu rattaches les documents au fur et à mesure : [[file:cahier-des-charges.pdf]], [[file:maquettes-v2.fig]], [[folder:Assets client]]. Chaque réunion donne une nouvelle note ("Kickoff 12 mars", "Point hebdo") qui pointe vers la note pivot avec [[Refonte site client]] et vers ses propres pièces jointes.
Au bout de deux semaines, tu ouvres le graphe. La note pivot est devenue un gros nœud central, entourée de ses notes de réunion et de ses fichiers, le tout formant un cluster de couleur bien identifiable. Tu cherches le devis ? Tu tapes "devis" dans le filtre, tu cliques, tu es dans le fichier. Tu veux savoir sur quoi tu as bossé hier ? Heat map, les nœuds rouges te le disent.
Ce schéma "note pivot + documents reliés" est le cœur d'une gestion de projet où notes, fichiers et tâches tiennent dans un seul espace au lieu d'être éparpillés dans cinq apps. Et parce que tout vit au même endroit, tu arrêtes concrètement de perdre tes fichiers entre les dossiers et les apps.
Pièges courants et bonnes pratiques
Quelques écueils reviennent souvent quand on débute avec le graphe.
Le lien ne s'affiche pas. Dans neuf cas sur dix, c'est un nom qui ne correspond pas. [[file:facture.pdf]] ne fonctionnera que s'il existe bien un fichier nommé exactement "facture.pdf" dans ton coffre. Vérifie l'extension et l'orthographe. Rappelle-toi aussi qu'un nœud n'apparaît que s'il a au moins un lien : une note sans aucune connexion ne sera pas dans le graphe, c'est normal.
Tu oublies le préfixe. [[Projets]] cherche une note appelée "Projets", pas un dossier. Pour un dossier, il faut [[folder:Projets]] ; pour un fichier, [[file:...]]. Sans préfixe, Filarr suppose que tu vises une note.
Le graphe devient illisible. C'est souvent bon signe (tu as beaucoup de matière), mais deux réflexes aident : active les clusters pour colorer les zones, et sers-toi du filtre pour isoler un sujet. Sache aussi que, pour rester fluide, Filarr plafonne l'affichage à 2000 nœuds et garde en priorité les plus connectés. Sur un très gros coffre, les nœuds les plus isolés peuvent ne pas apparaître.
Tu ne relies jamais rien. Le piège le plus fréquent, et le plus dommageable. Un graphe ne vaut que par tes liens. Prends l'habitude, à la fin de chaque note, de te demander : "à quoi ça se rattache ?" Deux ou trois wiki-links suffisent à transformer un tas de notes en réseau navigable. Pour aller plus loin sur cette discipline, le guide pour ranger toute ta vie numérique dans un seul espace donne des routines simples.
Côté honnêteté, il faut le dire : Obsidian a un écosystème de plugins de graphe plus riche et une communauté plus mature, née bien avant Filarr. Là où Filarr se distingue, c'est en reliant nativement des fichiers (PDF, images, tableurs) à tes notes dans le même graphe, et en gardant l'ensemble chiffré sans plugin fragile.
Et la sécurité dans tout ça ?
Rien de ce que tu construis ici ne quitte ta machine sans ton accord. Le graphe, les notes, les fichiers reliés : tout est stocké chiffré en AES-256-GCM sur ton disque, chaque fichier avec sa propre clé. La sync cloud est optionnelle et ne transmet que des blobs chiffrés opaques. Autrement dit, tu peux construire la carte la plus intime de ta connaissance sans que personne d'autre ne puisse la lire. Si le sujet t'intéresse, on explique en détail ce qu'est l'AES-256-GCM et pourquoi ça compte pour une app de notes. Mais retiens surtout que le chiffrement est là pour te rassurer, pas pour compliquer ton usage : au quotidien, tu relies, tu navigues, tu retrouves.
FAQ
Comment relier un fichier PDF à une note dans Filarr ?
Dans le corps de ta note, écris [[file:nom-du-fichier.pdf]] en remplaçant par le nom exact du fichier tel qu'il apparaît dans ton coffre. Le lien se crée automatiquement et le fichier devient un nœud vert relié à ta note dans la vue Graph.
La vue graphe de Filarr fonctionne-t-elle hors connexion ? Oui, entièrement. Le graphe est calculé localement à partir de tes notes et fichiers stockés sur ta machine. Aucune connexion Internet n'est nécessaire, et rien n'est envoyé à un serveur pour l'afficher.
Puis-je créer un lien sans quitter le graphe ? Oui. Maintiens Shift et clique sur une note, puis Shift+clique sur une autre note : Filarr insère le wiki-link correspondant dans la première note et affiche l'arête immédiatement. La touche Échap annule l'opération en cours.
Pourquoi une de mes notes n'apparaît-elle pas dans le graphe ? Parce qu'elle n'a aucun lien entrant ni sortant. Filarr n'affiche que les nœuds réellement connectés, sans jamais inventer de liens. Ajoute au moins un wiki-link vers ou depuis cette note et elle rejoindra la carte.
À quoi servent les couleurs des nœuds ? En mode par défaut, la couleur indique le type (bleu pour les notes, vert pour les fichiers, jaune pour les dossiers). En mode clusters, elle regroupe les nœuds densément reliés. En mode heat map, elle indique la fraîcheur, du rouge (modifié récemment) au bleu (ancien).
Le graphe ralentit sur un gros coffre, est-ce normal ? Filarr limite l'affichage à 2000 nœuds pour rester fluide et conserve en priorité les nœuds les plus connectés. Sur de très grandes collections, filtre par mot-clé ou active les clusters pour garder une carte lisible.
Conclusion : commence petit, relie souvent
Tu n'as pas besoin de tout réorganiser d'un coup. Ouvre une note importante, ajoute-lui deux ou trois wiki-links vers les fichiers et les notes qui comptent, puis ouvre la vue Graph. La carte apparaît. Répète le geste pendant une semaine et tu auras, sans effort de rangement, un réseau navigable de ta connaissance où plus rien ne se perd entre le texte et les documents. Le graphe ne récompense pas ceux qui classent le mieux, mais ceux qui relient le plus souvent. Alors relie, et laisse la structure émerger.
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